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Pour une économie pluraliste

28 décembre 2015

économie_pluraliste«Ce livre a pour point de départ une lettre adressée en décembre 2014 par Jean Tirole à Geneviève Fioraso, à l’époque secrétaire d’État chargée de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Dans ce courrier, l’économiste français jette tout le poids de son récent prix Nobel à seule fin d’empêcher une réforme, pourtant portée par des centaines d’économistes universitaires. Cette réforme tant attendue avait pour seul but de reconnaître, dans l’université, un espace d’expression en rupture avec la pensée économique dominante. La singulière initiative de Jean Tirole connut un succès inespéré, Geneviève Fioraso décida de retirer son décret.»

Ainsi commence le livre À quoi servent les économistes s’ils disent tous la même chose? Manifeste pour une économie pluraliste, écrit par un collectif sous la direction d’André Orléan. Ajoutons que la réforme dont parlent les auteurs était aussi demandée par les étudiants regroupés pour l’enseignement d’une économie pluraliste (faisant partie d’un mouvement international avec une composante au Québec) dont j’ai parlé dans ce billet datant de plus d’un an. Mais, les auteurs n’en parlent presque pas…

Le contenu

D’entrée de jeu, les auteurs soulignent l’incongruité de la démarche de Jean Tirole : comment un économiste orthodoxe ne jurant que sur l’importance de la concurrence peut-il exiger le monopole de la pensée en économie? Et comment une ministre dite socialiste peut-elle agréer à cette demande?

Pourtant, on ne peut pas dire que les économistes orthodoxes se sont distingués par leur clairvoyance au cours des dernières années, surtout en Europe, niant la possibilité d’une crise et ne sachant encore moins comment en sortir! En plus,

«(…) il importe, dans une société ouverte et équilibrée, que la recherche économique soit pluraliste de façon qu’au scalpel de la pensée critique soient écartées les interprétations erronées et les solutions trompeuses. Il n’est pas d’autre chemin en science pour faire progresser la connaissance ni en démocratie pour faire vivre un débat efficace. (…) l’économie est trop importante pour être laissée aux économistes d’un seul courant, de surcroît si peu clairvoyant.»

Après un départ si prometteur, les attentes étaient grandes. Malheureusement, le reste du livre ne porte presque uniquement que sur le processus de nomination des professeurs d’université en économie en France. Même si ce sujet est de grande importance, parce qu’il y a de moins en moins de professeurs d’économie adhérant au courant hétérodoxe dans ce pays, il demeure lassant pour le lecteur, surtout celui qui ne connaît rien de ce processus en France, de lire et relire les mêmes arguments tout au long du livre. Je renonce même à les mentionner dans ce billet, si ce n’est de dire que la majorité orthodoxe défend farouchement sa position.

Il faut attendre le glossaire (!) à la fin du livre pour enfin avoir droit à un autre extrait digne d’être cité :

«Les hétérodoxes en économie ne peuvent pas se résumer à leur non conformité à la norme, leur non adhésion à l’orthodoxie. Ils développent en effet une autre manière de faire l’économie et refusent notamment de faire de leur science un dogme, car ils accordent une importance capitale à la confrontation aux faits, au dissensus sous toutes ses formes et à l’interprétation. À la différence des orthodoxes, ils ne pensent pas que le monde doit être remodelé afin d’entrer en conformité avec la théorie. Au contraire, ils considèrent que ce sont les théories elles-mêmes qui doivent être adaptées à leur objet.»

Puis, le livre se termine sur le texte accompagnant une pétition qui répète encore les mêmes arguments…

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Disons que le suspens ne doit pas être bien bien grand! J’attendais ce livre depuis des mois, ayant appris sa parution en lisant quelques articles fort positifs (notamment celui-ci et cet autre). Même s’il est très court (112 pages en gros caractères, en comptant le glossaire et la liste des 150 premiers signataires de la pétition) et se lit en une soirée, je ne crois pas qu’il puisse intéresser bien du monde. Je conseille plutôt de lire les deux articles que j’ai mis en lien dans ce paragraphe (surtout le deuxième qui va beaucoup plus loin que le livre)!

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4 commentaires leave one →
  1. Gilbert Boileau permalink
    28 décembre 2015 10 h 38 min

    Enfin un autre son de cloches.

    J'aime

  2. 28 décembre 2015 10 h 42 min

    Oui, mais décevant, comme je l’ai indiqué…

    J'aime

  3. 30 décembre 2015 5 h 35 min

    J’ai lu les deux articles recommandés et apprécié comme vous le deuxième davantage.

    P.S. Le Père Noël m’a apporté Capabilités : Comment créer les conditions d’un monde plus juste ? de Martha Nussbaum. J’ai lu les 4 premiers chapitres. Ça va chercher !

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Trackbacks

  1. La déconnomie |

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