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La police a dû

8 juin 2017

L’été est quand même une période idéale pour écrire sur une expression qui me tape sur les nerfs, d’autant plus que les grands sujets ne m’attirent pas ces temps-ci, allez savoir pourquoi. L’expression honnie du jour me tape en fait sur les nerfs depuis bien longtemps. Si je ne lui ai pas encore donné la place qu’elle mérite, c’est que j’en ai quand même déjà parlé un peu en traitant de sujets plus sérieux.

Elle ne le voulait pas, mais elle a dû…

Avez-vous déjà remarqué que nos médias ne disent jamais que les policiers se sont dotés de moyens de violence perfectionnés de façon à réprimer la population lors de manifestations? Moi, en tout cas, j’ai rarement lu cela dans des médias nationaux, même si cela est peut-être arrivé dans un média contestataire. Non, nos médias préfèrent utiliser le langage de nos policiers, quitte même à reproduire intégralement leurs communiqués. C’est juste s’ils ne les plaignent pas quand les policiers se voient «forcés» d’utiliser ces moyens violents sur la foule…

Par exemple, j’ai trouvé quelque 87 000 résultats sur Google avec l’expression entre guillemets (ce qui limite les résultats aux pages qui contiennent précisément cette expression, chaque mot étant dans le même ordre) «La police a dû» accompagnée des mots «utiliser des gaz lacrymogènes» sans guillemets. J’aurais pu aussi chercher des exemples avec d’autres armes dites sublétales comme les balles de plastique ou les canons à eau, mais, bon, je n’ai pas l’intention d’écrire une thèse sur le sujet! Parmi les 87 000 cas trouvés, nos policiers ont dû (pauvres eux, ils ne voulaient pourtant pas!) utiliser ces gaz dans les situations suivantes :

  • contre des migrants en Hongrie, car ceux-ci «auraient refusé de rester dans la rue sous la pluie»;
  • contre des réfugiés qui bloquaient une autoroute à Calais;
  • contre des militaires belges manifestant contre la hausse de l’âge de leur retraite;
  • en Turquie, contre un rassemblement «organisé par la communauté LGBT de la capitale turque»;
  • à Paris, contre des manifestants dénonçant la mort d’un des leurs;
  • (je saute les manifestations, car il y en a trop… Bon, à la demande générale, une dernière avec une vidéo);
  • pour protéger un ex-président d’Haïti pour le moins contesté;
  • contre des grévistes (et manifestants, je sais…) contestant les mesures d’austérité en Grèce;
  • en Inde, pour empêcher des hindous d’incendier des maisons de musulmans;
  • en France, contre des jeunes, même si «Mis à part quelques personnes incommodées par le gaz, aucun blessé n’est à déplorer» (mais, que voulez-vous, «Les agents ont dû se servir de gaz lacrymogène et de moyens de contrainte pour interpeller les meneurs et assurer également leur propre sécurité»);
  • pour séparer des lycéens lors d’une bagarre;
  • pour calmer un homme de 64 ans qui aurait essayé «de frapper une fonctionnaire de police avec une branche d’arbre qu’il tenait en main»;
  • pour faire sortir de la morgue les parents de détenus venus chercher les cadavres calcinés de leurs proches (ouache….).

Et alors…

Je pourrais continuer longtemps à citer des cas du genre, mais j’imagine qu’on a compris l’idée. Je ne dis pas que jamais l’utilisation de gaz lacrymogènes ne peut être justifiée, mais ce qui me fatigue est la tendance des médias de présenter son utilisation comme une fatalité, pas comme un choix qui doit correspondre à des critères de dangerosité précis. On présente plutôt cette utilisation comme routinière, pas grave du tout, alors que la décision d’utiliser cette arme dangereuse devrait faire l’objet d’une explication et d’une justification de façon systématique.

Oui, il arrive que les médias parlent de l’utilisation de telles armes sans mentionner que les forces policières ont dû ou ont été forcées de les utiliser, mais, même dans ces cas, on n’interroge pas la pertinence de l’utilisation de ces moyens de contrôle, même si ceux-ci devraient officiellement n’être utilisés qu’en dernier recours et qui le sont de façon de plus en plus routinière (et pas seulement par des agents délinquants…). Et, l’avenir ne semble pas plus joyeux de ce côté, certains corps policiers du Dakota testant des drones «équipés de gaz lacrymogène, tasers ou balles en caoutchouc pour disperser des manifestations ou des émeutes»… Bon, je n’ai rien trouvé de plus récent sur cette nouvelle qui date de deux ans, mais, quand on sait comment les policiers du Dakota répriment les manifestants (ils ont par exemple utilisé des «gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc et canons à eau par une température glaciale contre les manifestants», blessant 167 personnes il y a quelques mois), il n’y a rien de rassurant à l’horizon…

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