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On peut plus rien dire

20 mai 2019

Avec son livre On peut plus rien dire – Le militantisme à l’ère des réseaux sociaux, Judith Lussier analyse les motivations des «Social justice warrior», ces militant.es «qui semblent s’offusquer pour un rien et ne ratent aucune occasion de saisir leur clavier pour le clamer haut et fort».

Introduction : L’autrice raconte les événements qui l’ont amenée à écrire ce livre.

1. La naissance du guerrier : L’autrice explique l’origine de l’expression «Social justice warrior» (SJW), au départ positive, mais graduellement transformée en moquerie et même en insulte. Elle donne des exemples de réactions extrêmes à la fois chez quelques guerrier.ères et chez leurs détracteur.trices.

2. Les principes du guerrier : L’autrice présente un lexique des expressions utilisées par les SJW. Cette section s’étend sur près de 60 pages, mais est impossible par sa nature à résumer. Elle est quand même essentielle à la compréhension des termes et concepts que ces personnes utilisent. Même si je connaissais la grande majorité de ces expressions et termes, la lecture de ce lexique m’en a appris passablement, surtout sur leur origine. Du beau travail! Le chapitre se termine avec trois entrevues avec des SJW œuvrant dans des domaines différents.

3. À la guerre comme à la guerre : L’autrice donne de nombreux exemples qui montrent que les guerrier.ères dérangent, explique pourquoi et comment, et suggère des moyens pour qu’ils et elles nous dérangent moins ou plus du tout. Elle se demande ensuite si les paroles et les actions des guerrier.ères contribuent à changer le monde (ou, à tout le moins, la société). La réponse courte est oui, mais pas toujours et pas assez souvent. Elle donne des exemples éloquents de victoires, mais aussi de défaites, surtout en raison de la forte résistance face à leurs revendications. Le chapitre se termine avec trois entrevues avec des SJW et une objectrice de conscience (qui refuse l’étiquette SJW).

4. Le côté obscur du guerrier : À force de s’indigner pour des causes anodines, d’adopter un ton inutilement quérulent et d’entreprendre des actions disproportionnées, quelques SJW nuisent à la réputation du mouvement pour la justice sociale et aux SJW qui dénoncent des comportements réellement critiquables avec humilité. Cela dit, les «attentes sont élevées à l’égard de quiconque s’emploie à vouloir changer le monde». Le moindre écart ou la plus petite incohérence d’un.e SJW suscite des reproches (euphémisme) aussi bien de la part d’autres SJW que de leurs adversaires. Le chapitre se termine avec des entrevues avec un mercenaire (réfugié) et une tireuse d’élite (non armée!).

5. On peut plus rien dire : L’autrice analyse quelques cas qualifiés de censure par des personnes qui ont bien plus de tribunes pour exprimer leurs opinions que celles qui étaient à l’origine de ces cas. On confond même des décisions d’affaires de commanditaires avec de la censure. Comme Internet a «démocratisé la prise de parole», «ceux qui se plaignent qu’on ne peut plus rien dire se plaignent, en réalité, qu’on ne puisse plus rien dire sans que tous aient la capacité de répondre». Une autre SJW souligne que ceux «qui crient à la censure sont nostalgiques de l’époque où la parole publique était très limitée et très hiérarchisée». Pire, ces personnes qui revendiquent le droit à la liberté d’expression n’hésitent pas à poursuivre des médias indépendants qui les critiquent. Bref, «se présenter comme une victime de la rectitude politique, c’est payant!». Le chapitre se termine avec des entrevues avec un médiateur et une guerrière.

6. Quand les guerriers se tuent au combat : L’autrice aborde dans ce chapitre la question de la santé mentale chez les SJW. Elle émet l’hypothèse que cette réalité, difficile à quantifier, pourrait s’expliquer par le fait qu’ils et elles subissent davantage d’attaques que le reste de la population, font plus souvent partie de minorités opprimées et s’investissent émotionnellement contre les inégalités, les injustices et les autres problèmes de la société. Elle présente ensuite quelques méthodes qui peuvent contribuer à conserver sa santé mentale dans un tel contexte. Et on devine, j’espère, comment se termine ce chapitre (deux entrevues).

Confession d’une guerrière : Judith Lussier raconte dans cette courte conclusion les circonstances qui l’ont amenée à cesser d’écrire pendant un certain temps et comment elle a réussi à y revenir. On voit qu’elle savait de quoi elle parlait dans le chapitre précédent.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! J’avais des attentes limitées en me procurant ce livre et elles ont été nettement surpassées. Il est tout d’abord instructif, mais en plus bien structuré, et l’autrice sait présenter ses sujets avec humour, ce qui rend la lecture agréable. Même si ce sujet n’est pas facile à traiter, surtout pour une SJW, elle ne dénature jamais les sujets qu’elle aborde malgré son parti pris qu’elle ne rend jamais évident. Bravo!

Les 289 notes sont à la fin du livre, mais heureusement il n’y en a que quatre ou cinq qui sont des compléments d’information (les autres étant des références). Mais, justement, il en a tellement peu qu’il aurait été tellement simple (et préférable) de les mettre en bas de page!

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3 commentaires leave one →
  1. Robert Lachance permalink
    28 mai 2019 8 h 12 min

    Qu’ajouter ?

    D’abord souligner une coïncidence, Jean-François Lisée a aussi fait la recension de ce livre sur son blogue le 18 mai, après celui de Mathieu Bock-Côté, L’Empire du politiquement correct, à titre d’autre côté de la médaille.

    http://jflisee.org/lire-eclairant-epeurant-voyage-chez-les-guerriers-de-la-justice-sociale/

    Il nous avertit que l’auteur est elle même « guerrière ». Il retient la définition de 7 termes dont vous nous écrivez au chapitre 2. Il trouve de grands mérites à l’ouvrage dont il cite un paragraphe pour preuve. Il évoque ce qui en était dans les années 60.

    Il se présente sur le sujet : « Voilà où, à mon avis, on atteint le point de rupture entre les progressistes traditionnels (auxquels je m’identifie) et les Guerriers. L’absence de respect. »

    Il s’attarde au terme de no platforming en donnant comme exemple le Festival de Jazz pour SLAV et des producteurs américains pour Kanata. Il ne s’entend pas avec l’auteure sur quel côté se situe la majorité dans le débat sur le Blackface.

    À titre d’ancien journaliste, il se fait le « progressiste traditionnel » de la liberté d’expression. Il conclut que ce livre est précieux.

    Si vous n’avez jamais lu du Jean-François Lisée, je vous le recommande.

    Aimé par 1 personne

  2. 28 mai 2019 17 h 46 min

    Je l’ai déjà lu régulièrement avant qu’il soit député, un peu après cela et plus du tout depuis quelques années, surtout depuis la campagne à la chefferie du PQ.

    J'aime

  3. Robert Lachance permalink
    29 mai 2019 5 h 22 min

    Il a reprit son droit de parole sans avoir à promouvoir la ligne de parti.

    Il s’est remis à son blogue début mars dernier. Il délaissait depuis le 2 octobre où deux graphiques montre l’évolution de la popularité des chefs des parti à l’élection du 1 octobre 2018, en particulier celle des deux dernières semaines de la campagne. J’y découvre la montée de sa popularité jusqu’au 23 octobre où elle atteint celle de Manon Massé; elle dépasse légèrement celle de François Legault puis redescend en parallèle à celle de Manon Massé. L’intention de vote ne suit pas, celle de Manon, si. C’est à sa page 8.

    http://jflisee.org/chapitre-19-le-film-de-la-campagne-en-deux-graphiques/

    Le 5 octobre, il a publié son dernier discours à titre de chef du PQ. Classique, digne. Il y salue et envie l’engouement de la jeunesse autour de QS. Il y invite avec humour François Legault à voler des idées du programme du PQ, en particulier en environnement. Il y démissionne suite à son échec dans Rosemont.

    Il termine en soulignant les réalisations du PQ en 50 ans et sa nécessité :

    « Tant et aussi longtemps qu’il y aura des combats à mener pour la justice, l’équité, l’environnement, le français, le Québec aura besoin du Parti Québécois.
    Tant que le Québec ne sera pas un pays, le Québec aura besoin du Parti Québécois. »

    Le premier mars, il reprend du service politique comme entrepreneur d’une boite de communication avec son blogue et des balados hebdomadaires sur l’actualité et l’histoire pour 8$ par mois. On apprend sur Kennedy et De Gaulle dernièrement. Je réapprend à écouter.

    Lundi dernier, il était en entrevue au 93,3 avec Paul-Raphaël Charron; c’est instructif sur son futur et auto-publicitaire sans publicité pour sa boite, La boite à Lisée.

    Catherine Fournier elle s’est libéré du parti.

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