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Et si l’argent poussait dans les arbres

2 juin 2014

argent-arbresJe ne suis habituellement pas friand des livres d’économie qui présentent des concepts en une seule page. J’avais d’ailleurs été très sévère pour le précédent livre du genre que j’ai lu. Je me suis quand même laissé convaincre de lire Et si l’argent poussait dans les arbres, de David Boyle, suivant le conseil de Ianik Marcil.

Le contenu

– introduction

Dès l’introduction, j’ai été agréablement surpris de lire une mention importante sur le mouvement des étudiants qui demandent un enseignement moins «autiste» (refermé sur lui-même) de l’économie, avec plus de liens avec le monde réel. L’auteur parle ici seulement du mouvement des étudiants de l’université de la Sorbonne en France (il mentionne à nouveau ce mouvement plus loin dans le livre, en citant aussi les demandes du même genre des étudiants de l’Université de Cambridge au Royaume-Uni). L’auteur ne pouvait quand même pas savoir que ce mouvement prendrait beaucoup d’ampleur par la suite, réunissant des associations étudiantes d’une vingtaine de pays, comme j’en ai parlé dans un billet il y a quelques semaines.

En lisant cela, j’étais du coup beaucoup plus ouvert à bien recevoir la suite de ce livre!

– quelques exemples…

Les 50 textes de ce livre sont écrits par six personnes différentes. Il est donc inévitable qu’ils soient très différents les uns des autres, tant par le sujet (ça, c’est évident…) que par le traitement. Il est donc tout aussi inévitable que certains m’aient plu davantage que d’autres. Je vais ici présenter quelques-uns de ces textes pour montrer ces différences.

La retraite à 30 ans

Tim Leunig se demande ce qui se passerait si on prenait notre retraite à 30 ans. Sa démonstration est purement monétaire. Il explique que, commençant à travailler à 20 ans environ, une personne ne travaillerait dans ce cas que 10 ans sur ses 80 ans de vie, soit à peine le huitième de sa vie, alors que, avec la retraite à 65 ans, on en travaille actuellement environ la moitié. Il faudrait alors épargner (que ce soit par l’épargne forcée gouvernementale ou par une épargne individuelle) près de 90 % des revenus de ses 10 années de travail pour pouvoir vivre correctement toute sa vie. Dans ce cas, le niveau de vie moyen des citoyens des pays riches se retrouverait près de celui des habitants des pays en développement. Recevant moins de revenus, le gouvernement devrait offrir beaucoup moins de services, la majorité des entreprises devraient fermer et les routes ne seraient plus correctement entretenues (disons encore moins correctement qu’actuellement!).

Je trouve personnellement que Leunig aborde cette question par le mauvais sens. Il parle des impacts uniquement de façon monétaire, plutôt que de les regarder en fonction des besoins des humains. On aurait beau épargner, mais si seulement 10 % à 15 % de la population produisait des biens et services, il n’y aurait pas assez de personnes au travail pour produire les biens et services nécessaires à l’ensemble de la population. L’épargne ne serait pas d’un grand secours si personne n’est là pour accepter cette épargne en échange de son travail…  Par ailleurs, il faudrait qu’il définisse ce qu’il entend par travail (on «travaille» aussi à la maison ou en faisant du bénévolat, sans échange monétaire). Si on inclut le travail non rémunéré, il faudrait voir si l’abandon d’un travail rémunéré ne pourrait pas être compensé par ce travail non marchand. Mais, ce serait douteux, à moins d’un bouleversement majeur de notre système économique. Au bout du compte, la réponse à cette question est de savoir s’il serait possible de survivre et de vivre adéquatement dans un tel système, et si nous ne le préférerions pas, surtout dans un contexte de ressources de plus en plus limitées. Bref, la réponse à la question posée dépend de nos attentes et de nos préférences!

Les tâches domestiques

Un peu dans la même optique, mais dans le sens opposé, Helen Kersley analyse dans un autre texte ce qui se passerait si les tâches ménagères étaient payées. Elle se demande dès le départ qu’elle est la différence entre une personne qui fait elle-même son ménage et une autre qui paie quelqu’un d’autre pour le faire. Le résultat est le même (ou un peu mieux ou un peu moins bien…), mais dans le premier cas, on considère que cette activité n’a aucune valeur économique alors qu’elle en a dans le deuxième cas.

Selon elle, si on payait les gens pour le travail domestique, «cela donnerait plus de pouvoir économique et une plus grande égalité à des millions de gens, en particulier aux femmes». La société valoriserait davantage ce travail et reconnaîtrait son apport fondamental. L’auteure ajoute que cette rémunération déconstruirait le mythe que seuls les marchés peuvent créer de la richesse et de la prospérité. Cela coûterait cher, mais permettrait de mieux équilibrer les incitatifs. Encore là, le choix dépend de nos attentes et de nos préférences!

La société existe!

Margaret Thatcher a déjà dit que la société n’existe pas, qu’il n’y a que des individus. Ruth Potts se demande ce qui se passerait si, en fait, la société existait véritablement… Si elle existait et était reconnue, cela aurait des conséquences importantes sur les politiques économiques. On encouragerait ainsi davantage le partage des ressources et la solidarité, et découragerait ce qui les empêche. Elle mentionne que de nombreuses études concluent que la solidarité (ou la coopération) donne de bien meilleurs résultats que la concurrence. Et on passerait plus de temps dans nos communautés et moins dans des tâches individuelles. Pour faire changement, la décision dépend de nos attentes et de nos préférences!

Et alors…

Je pourrais donner bien d’autres exemples des textes de ce livre, mais je crois que les trois que j’ai présentés permettent de se faire une idée de l’approche de ce livre. Je n’ai constaté qu’à la toute fin, dans une section sur les ressources proposées, que les auteurs de ce livre sont probablement membres de l’Association for Heterodox Economics (Association pour l’économie hétérodoxe, AHE), en tout cas, qu’ils recommandent ce site Internet. De toute façon, j’avais bien remarqué l’approche hétérodoxe dans bien de ces textes! Je me suis aussi dit que Tim Leunig, l’auteur qui me paraissait le plus conventionnel, est peut-être adepte de l’économie autrichienne, considérée aussi comme hétérodoxe, même si de droite. Mais, bon, je n’ai pas trouvé de preuve sur cette hypothèse.

Alors, lire ou ne pas lire? Lire! D’une part, avec ses 160 pages aérées, il n’est pas bien long à lire et est vendu à un prix correct (19,95 $), même si je préfère toujours louer ce genre de livres (en fait, tous!). D’autre part, les sujets présentés sont originaux, n’imposent pas de réponses uniques et favorisent plutôt la réflexion et le débat. Par contre, l’analyse est dans la plupart des cas superficielle et ne permet pas de se faire une idée complète sur les sujets abordés. Mais, bon, que cela ne nous porte pas à bouder notre plaisir!

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2 commentaires leave one →
  1. Benton permalink
    3 juin 2014 12 h 40 min

    Avec des exemples du tpye de Leunig comme la retraite à 30 ans, certaines personnes risquent de le prendre aux mots. Cela me fait penser à l’exemple de Krugman où il affirmait que le gouvernement devrait tout aussi bien dépenser de l’argent en vue d’une défense contre une invasion les extra-terrestres. Certains ont crus que Krugman croyait aux extra-terrestres!!!
    (Habituellement, ces « certaines personnes » sont toujours des dretteux ou des libertariens…. faut croire qu’ils ne peuvent guère dépasser le premier degré)

    Je crois même que le titre du livre doit réconforter ces « certaines personnes » dans leurs stéréotypes….

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  2. 3 juin 2014 12 h 58 min

    «Certains ont crus que Krugman croyait aux extra-terrestres!!!»

    Oui, je me souviens. Ce type d’exemples pour illustrer un concept est souvent reçu de cette façon. C’est la même chose quand il dit que c’est la guerre qui a vraiment mis fin à la Grande Dépression, il y a toujours un smatte qui lui demande s’il est pour la guerre…

    Je dois avouer que j’aimerais qu’il soit plus précis dans ses comparaisons, en ajoutant, par exemple, qu’il y a 1 000 façons meilleures que la guerre (ou la préparation à une invasion extraterrestre), pour redresser l’économie…

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