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Les grands donateurs et les petits héritiers

29 novembre 2014

donateursJ’ai pris connaissance de l’étude intilutée Why Give Away Your Wealth: An Analysis Of The Billionaires View (Pourquoi donner sa richesse: une analyse de l’opinion des milliardaires) grâce à un commentaire de Eric Mauras (comme Eve-Lyne Couturier et Simon Tremblay-Pepin, il semble détester les accents; il devrait postuler à l’IRIS!) qui réagissait à un statut éloquent de Bernard Ducharme qui présentait un article sur Blaise Renaud, propriétaire des librairies Renaud-Bray («Ce petit connard narcissique est tellement hot qu’il peut se passer de mon argent»). Mais, quel peut bien être le rapport entre cet héritier ingrat (euphémisme) et les dons des milliardaires? C’est entre autres ce qu’on va voir dans ce billet…

Dons et héritages

«[traduction] The Giving Pledge [L’engagement à donner] est un mouvement qui encourage les personnes les plus riches dans le monde à s’engager à donner plus de la moitié de leur fortune à des causes philanthropiques au cours de leur vie, ou au moment de leur mort.»

Ce mouvement a été créé en 2010 par Warren Buffett et Bill et Melinda Gates. Les auteurs de l’étude se sont servis des données sur les milliardaires qui ont accepté de se joindre à ce mouvement. Aux États-Unis, 16 % des milliardaires, soit 76 sur 472, ont signé un engagement avec The Giving Pledge. Avec les données sur ces milliardaires (les 472), notamment sur leur âge, leur sexe, leur fortune, le niveau de leur don (en dollar et en pourcentage de la richesse) et l’origine de leur fortune (héritée ou gagnée – «self-made»), les auteurs ont pu dégager certaines caractéristiques et relations.

Ils ont ainsi découvert que les milliardaires qui sont devenus riches sans hériter sont beaucoup plus portés à se joindre à The Giving Pledge. La probabilité de s’y joindre, dont la moyenne est de 16 %, je le rappelle, est 19 points de pourcentage plus élevée chez les «self-made rich» que chez les héritiers. Les plus riches sont aussi portés à donner plus, mais cette tendance n’est pas statistiquement significative. L’âge et le sexe ne jouent toutefois aucun rôle (une fois qu’on tient compte de l’origine de leur fortune et de son niveau). Mais, comment expliquer que les héritiers soient moins «généreux»?

Les motifs des donateurs

Pour évaluer les motifs des donateurs, les auteurs ont utilisé leurs lettres d’engagement à The Giving Pledge. Ils ont ainsi pu estimer la prévalence d’une dizaine de motifs que je vais ici présenter, en indiquant l’abréviation qui correspondra à ces motifs dans le graphique qui suivra. On notera que les auteurs ont pu faire ressortir plus d’un motif par donateurs.

  • aucun besoin (MNoNeed) : il s’agit des personnes qui déclarent que leurs dons ne diminuera nullement leur bien-être ou même leur bonheur;
  • considèrent les héritages nuisibles (MNoInherit) : c’est clair…
  • le désir de donner (MWarm Glow) : le fait de donner ou de partager apporte la joie et donne un sens à la vie;
  • l’impact (MImpact) : le don permet de changer les choses, contribue à améliorer la vie des plus démunis (localement ou au niveau international);
  • laisser sa marque (MLegacy) : poser un geste qui fera en sorte qu’on se rappelera de nous après notre mort;
  • suivre un exemple (MReceiveExample) : faire comme des personnes qui nous ont servi de modèle, rendre ce qui nous a été donné;
  • donner l’exemple (MProvideExample) : ça encourage d’autres personnes à donner;
  • les valeurs (MValues) : considère avoir une responsabilité de rendre à la société ce qu’ils ont reçu;
  • la chance (MLuck) : reconnaissent le rôle de la chance (aussi bien de leur naissance dans une famille aisée et de leurs gènes, que dans les affaires);
  • la bénédiction (MBlessing) : attribuent leur richesse à la religion ou à un dieu, ou pensent à leur vie après la mort.

donateurs1

On voit que la motivation la plus souvent mentionnée, dans presque 80 % des cas, est la croyance que leurs dons auront un impact. C’est normal, car ils choisissent tous la cause qu’il veulent financer! S’ils ne croyaient pas que cette cause puisse avoir un impact, ils en choisiraient une autre… La plupart des autres motifs ont une prévalence semblable (entre 20 % et 40 %), sauf la «Legacy», soit le désir qu’on se rappelle de nous, qui représente une motivation pour seulement une faible minorité des donateurs.

Les auteurs mentionnent aussi que les héritiers ont moins tendance à mentionner qu’ils trouvent les héritages nuisibles. Disons que ce n’est pas étonnant, car ce serait une façon de remettre en question leur situation de gagnants à la loterie des gênes (expression de Warren Buffett).

Critiques

Même si la plupart des commentateurs ne cachent pas leur admiration pour ces grands philanthropes, certains ne se gênent pas pour critiquer cette initiative. On reproche entre autres à ces donateurs de finalement remettre peu d’argent face aux besoins urgents, car la plupart donnent leur fortune à des fondations qui ne versent à chaque année qu’un faible pourcentage des sommes amassées. Par contre, ils bénéficient ainsi immédiatement de généreux crédits d’impôts. Bref, en période grands besoins, l’État finance des dons qui seront (peut-être) saupoudrées pendant de nombreuses années et pas nécessairement dans des années où les besoins sont les plus criants, retirant ainsi des fonds à l’État qui pourrait les utiliser plus efficacement lors de ces périodes.

D’autres considèrent qu’il s’agit essentiellement d’un exercice de relations publiques qui permet aux plus riches de montrer comme ils sont fins et que le ruissellement existe vraiment… Ceux-ci ajoutent qu’aucune étude n’a jamais tenté d’évaluer l’impact réel de ce genre de mouvement et de l’utilisation de ces sommes. Pire, rien ne dit que ceux et celles qui promettent de remettre leur fortune le font vraiment.

Les auteurs ne mentionnent toutefois pas la principale critique que j’ai face à ce genre de mouvement. On se retrouve finalement avec des riches qui décident des interventions les plus prioritaires dans nos sociétés. Si un donateur décide qu’on doit adopter un type de pédagogie qu’il appuie (exemple réel donné dans l’étude), ses dons serviront à la promouvoir et même à la mettre en pratique sans que l’État ne puisse intervenir et évaluer le bien-fondé de celle-ci, et cela, même s’il contribue grandement, parfois autant et même plus que le riche, à financer cette idée par les crédits d’impôt qu’il octroie (cet exemple serait difficilement réalisable ici, quoiqu’on voit des riches qui militent pour imposer un cours d’économie au secondaire – voire un programme d’entreprenariat au primaire – qui correspond à leurs valeurs néolibérales…). Il en est de même du riche qui financera (avec une contribution importante de l’État, ne l’oublions jamais) des recherches sur une maladie qui touche peu de personnes plutôt que de favoriser les recherches sur les maladies qui attaquent le plus de personnes ou qui nuisent le plus à la qualité de vie. Les exemples sont très nombreux et variés… Bref, la société remet des décisions importantes qui devraient être prises démocratiquement au bon vouloir de personnes dont la seule qualité, si c’en est une, est d’être riche.

Et alors…

Et, les Blaise Renaud et autres Pierre-Karl Péladeau là-dedans? Bien, ce sont des héritiers, on aura compris! Cette étude montre que les héritiers ont un comportement bien différent des personnes qui sont devenues riches «par elles-mêmes» (quoique personne ne peut vraiment le devenir seul). Ces dernières semblent bien plus souvent conscientes de la chance qu’elles ont eu. Quand des gagnants de la loterie des gênes, comme Blaise Renaud, déclarent que « Je suis un autodidacte. Je n’ai jamais eu de modèle ni de mentor » ou se considèrent «comme un self-made man ; un successeur qui insiste pour dire qu’il y est arrivé tout seul», ils ont tendance à moins respecter les personnes qui, comme leurs employés, ont contribué et contribuent toujours à leur fortune que les personnes qui leur ont légué leur fortune. Alors que Pierre Péladeau respectait grandement ses employés (même si on ne doit pas en faire un saint), son fils est devenu le champion des lock-out au Québec, tandis que Blaise Renaud ne s’est pas mis seulement ses employés à dos, mais aussi ses partenaires d’affaires.

Mon échantillon est bien sûr bien petit pour conclure sur l’absence d’empathie des héritiers, mais quand une étude comme celle que j’ai présentée dans ce billet montre un même manque d’empathie de la part d’un bien plus grand nombre d’héritiers, c’est tentant de le faire! Et tout cela est encore plus inquiétant quand on sait que la part des héritages dans la richesse est en forte croissance. Alors, non seulement les inégalités sont en croissance, mais la proportion de riches qui se préoccupent peu des autres risque aussi d’augmenter…

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7 commentaires leave one →
  1. benton65 permalink
    29 novembre 2014 10 h 33 min

    Déjà lu que la fondation Lucie et André Chagnon, créée lors de la vente de Vidéotron, est le quatrième plus gros fond en actif au Canada…. mais ne se classe pas dans les 50 premières fondations dans la distribution de dons annuellement!

    Aimé par 1 personne

  2. 29 novembre 2014 10 h 44 min

    C’est un excellent exemple!

    J'aime

  3. 2 décembre 2014 9 h 17 min

    Pour élargir la population.

    http://www.lesaffaires.com/archives/generale/les-plus-grandes-fortunes-publiques-du-quebec/502995

    C’était en janvier 1997.

    P.S. PKP2015.quebec ? Au #7,393,041.

    Aimé par 1 personne

  4. 3 décembre 2014 9 h 38 min

    Pour une liste plus courte mais plus récente. Bonne année pour la plupart.

    http://www.lactualite.com/blogues/le-blogue-economie/les-grandes-fortunes-du-quebec-2/

    P.S. PKP2015.quebec ? Au #6,314,682 le 1 décembre. Gain de 1,078,359 positions sur hier le 30 novembre au mondial. Émergence au mensuel canadien à #79,097. Surveillez dans votre rétroviseur, vous êtes le numéro 70,252, en légère perte de vitesse.

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  5. 3 décembre 2014 11 h 03 min

    Ce blogue n’attirera pas 7000 pages vues par jour comme le 23 novembre bien souvent! Ça tourne plus entre 500 et 800, ce qui est, selon moi, tout à fait satisfaisant.

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  6. 4 décembre 2014 7 h 21 min

    Ça y est ! pkp2015.quebec vient de vous doubler; à droite sans doute. Vous ne devez pas être dans sa boite de vitesse puisque vous avez la position #70,565 et il est lui rendu à la position #68,656. Au mensuel Canadien Alexa bien entendu.

    À l’indice de nombre de visiteurs compilé sur trois mois, il a 16, vous avez 41. Faut tenir compte du fait que son blogue ne s’affiche que depuis quelques jours. Ça va de pair avec son rang mondial à #5,531,783 et le votre à #2,641,036.

    À l’indice de nombre de pages demandées également établi sur trois mois, il a 18, vous avez 47.

    Loin derrière, Bernard Drainville a connu hier un recul, de #13,920,157 à #17,970,946. Ça s’explique par la sortie de compilation du succès qu’il avait connu du 31 août au 1 septembre où il s’était avancé de la position #15,436,146 à la position #12,342,542. Pour interpréter correctement les rangs Alexa, il faut savoir ce qui s’est passé il y a trois mois pour le mondial et un mois pour le canadien.

    Je suis allé relire cette de vos pages sur les stocks et les flux :

    https://jeanneemard.wordpress.com/2014/04/12/theorie-flux-stocks-et-volatilite-des-appuis-politiques/

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  7. 8 décembre 2014 9 h 00 min

    Je n’ai pas de mal à croire que la recherche d’impact soit le premier des motifs qui fait que les trop riches se donnent une fondation. Je suis allé voir le blogue PKP2015 quebec. Éblouissant !

    Instructif sur l’héritage culturel familial.

    http://pkp2015.quebec/pierre-karl/

    On se calme à demander à voir ce blogue. Rang mondial Alexa du 28 novembre au 6 décembre :

    28 – #7,491,290
    29 – #7,407,807
    30 – #7,393,041
    01 – #6,314,682
    02 – #5,531,783
    03 – #4,952,743
    04 – #4,938,462
    05 – #4,925,425
    06 – #4,916,431

    Dans la liste de motifs retenus par les auteurs de l’étude, il n’y a pas l’élément « pour garder en partie » comme en payant moins d’impôt. En se donnant une fondation, ils gardent l’argent du beurre, la satisfaction de leur intérêt social ou culturel.

    Aimé par 1 personne

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