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Mauvaise langue

25 avril 2016

Mauvaise langueLes avis que j’ai lus sur le livre Mauvaise langue de Marc Cassivi, journaliste-chroniqueur à La Presse, sont catégoriques : on aime ou on déteste! Ce livre ne comptant qu’une centaine de pages, cela ne demandait pas beaucoup d’effort d’aller voir dans quel camp je me situerais!

Introduction : L’auteur raconte sa relation avec le franglais, «langue» qu’il parle avec ses deux frères et sa sœur, ainsi qu’avec quelques amis. Il explique que c’est à travers son expérience dans l’Ouest de l’Île de Montréal où il a vécu son enfance qu’il a développé cette manie (destinée davantage à se distinguer de la langue parlée par ses parents, tous deux francophones, qu’à adopter l’anglais) et qu’il compte répliquer aux «chevaliers de l’apocalypse linguistique» qui voient dans l’utilisation du franglais une menace pour la survie du français au Québec.

I. Les amours platoniques : L’auteur relate ses premiers apprentissages de l’anglais, d’abord en Gaspésie, puis à Westmount et dans d’autres villes de l’ouest de l’Île de Montréal.

II. Espèce menacée : L’auteur poursuit sur la même veine et mentionne notamment que, à l’époque (vers 1980), même les francophones parlaient anglais entre eux dans les écoles françaises de l’ouest de l’Île de Montréal. Il montre à l’aide de diverses données que la situation a bien changé de nos jours, la proportion de bilingues anglophones ayant par exemple fortement augmenté ainsi que celle d’allophones qui parlent français à la maison.

III. L’anglais du corridor : Vers 1990, à son entrée au cégep, l’auteur s’intéresse davantage aux films et à la musique francophones, et s’éveille graduellement à la politique et aux dangers de l’assimilation. Et, pour lui, la meilleure protection contre l’assimilation demeure l’indépendance du Québec (même s’il continue à parler franglais!).

IV. Lingua franca : Il y a eu de nombreuses tentatives de créer une langue commune à toute l’humanité, la plus connue étant la création de l’esperanto. Mais, malgré son succès d’estime, cette langue inventée n’a jamais connu de véritable essor. Qu’on l’aime ou pas, la langue anglaise est de loin la langue la plus répandue sur Terre. Refuser de l’apprendre par principe ne peut que nuire à la communication entre les peuples. Cela dit, apprendre cette langue n’empêche nullement de promouvoir la préséance du français au Québec.

V. Nous autres : Dans ce chapitre, Marc Cassivi relate entre autres la déception qu’il a ressentie lors de la défaite du référendum de 1995 et le choc qu’il a subi face à la déclaration de Jacques Parizeau le soir de cette défaite (déception et choc que j’ai aussi ressentis). Comment un grand homme comme lui a-t-il pu tout d’un coup repousser nos compatriotes de descendance différente de celle des Québécois d’origine canadienne-française? Il a ainsi fait reculer l’espoir d’un pays, recul qui fut accentué par la suite par le PQ avec sa charte des supposées valeurs québécoises. Tout cela a cautionné les manifestations malheureusement de plus en plus nombreuses de rejets envers ceux et celles qui n’ont pas exactement notre culture.

VI. Complexe : Marc Cassivi aborde ici ses expériences en France, notamment l’utilisation tout aussi répandue qu’ici de termes anglais (quoique différemment). Il analyse par la suite le complexe de beaucoup de Québécois qui sont gênés de leur manque de vocabulaire et de leur accent quand ils vont en France.

VII. Langue de création : L’auteur revient sur les critiques sur l’utilisation du franglais dans des chansons et des films québécois. Il mentionne notamment que, pour les jeunes comme Xavier Dolan (dont certains ont critiqué le fait qu’il ait livré un discours à Cannes en partie en anglais), l’anglais n’est pas la langue de l’oppresseur, mais celle qui permet de se faire comprendre un peu partout sur cette Terre. Et, cela ne les empêche pas de tenir au français et, comme Dolan, de réaliser ses films au Québec dans sa langue.

VIII. Louisianisation : Sa mère provenant de l’Acadie et ayant lui-même voyagé en Louisiane dans le cadre d’un reportage sur la présence (ou la presque disparition) du français dans cet État, l’auteur s’insurge contre l’utilisation de certaines expressions, comme la louisianisation, pour qualifier la situation dans les quartiers multiethniques de Montréal.

Conclusion : L’auteur cite d’entrée de jeu des études montrant que loin de nuire à l’apprentissage de la langue maternelle, le bilinguisme «confère des avantages cognitifs chez l’enfant, qu’il peut s’apprendre avec un haut degré de compétence tout au long de la vie et qu’il offre un effet neuroprotecteur jusqu’en fin de vie». Il dénonce ensuite «les esprits chagrins qui refusent d’admettre que l’apprentissage de l’anglais est une richesse plutôt qu’un asservissement. Ceux-là se gardent bien de faire les distinctions d’usage entre langue parlée et langue écrite, langue de création et langue officielle, langue privée et langue publique commune, bilinguisme individuel et bilinguisme collectif». Il termine sa conclusion en réitérant son appui à la Charte de la langue française, essentielle pour protéger le français au Québec.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Contrairement au clivage dont j’ai parlé en amorce de ce billet, je n’ai ni aimé ni détesté ce livre. Je le trouvais seulement inintéressant au début, avec ses anecdotes et ses exagérations sur l’importance relative de ceux qu’il appelle les «chevaliers de l’apocalypse linguistique». Heureusement, j’ai nettement préféré la deuxième partie de ce livre, plus analytique et pondérée. Au bout du compte, même si j’appuie globalement la thèse de l’auteur, je ne trouve pas qu’il l’a défendue avec la rigueur que j’espérais. Ce livre est entre autres farci de sophismes de l’épouvantail, par lesquels il exagère la position de ses adversaires pour mieux la contredire, position qui est pourtant déjà assez peu justifiée qu’on n’a pas besoin d’en remettre pour s’y attaquer.

Bref, même si ce livre ne prend pas beaucoup de temps à lire, on peut très bien passer son tour…

 

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