Aller au contenu principal

La santé malade de l’austérité

12 février 2018

Le livre La santé malade de l’austérité – Sauver le système public… et des vies!, sous la direction de Normand Baillargeon, est inspiré par un colloque sur le système de santé du Québec tenu en avril 2016 et organisé par les responsables de la revue À bâbord. Il nous invite à nous mobiliser pour «la défense du caractère public du système de santé» du Québec, «l’un de nos plus précieux acquis collectifs».

Présentation : Normand Baillargeon présente quatre thèmes présents dans les textes de ce livre, mais trop souvent absents du débat public :

  • l’indispensable recul historique;
  • le changement de paradigme entre l’amélioration des services et leur marchandisation;
  • le constat que, oui, des solutions existent;
  • le nécessaire combat politique.

1. Se réapproprier l’histoire pour mieux avancer : Marie-Claude Goulet, médecin, et Guillaume Hébert, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), nous rappellent que le passage d’un financement des soins de santé par des assurances privées et par des organismes religieux et de charité à un système public fut loin d’être tranquille (comme la révolution ainsi nommée), mais fut le résultat de revendications et de luttes menées aussi bien par des syndicats que par des organismes de la société civile. On a aussi réussi à agir davantage dans les domaines de la santé publique et de la prévention, notamment par la création des Centres locaux de services communautaires (CLSC). C’est ce modèle qui est actuellement l’objet d’attaques de la part du gouvernement Couillard avec un retour en force du privé et de la marchandisation des soins de santé, et un désinvestissement en santé publique et en prévention. Les auteur.es développent ensuite cette tendance et montrent que «le capitalisme est insoluble dans la santé».

2. Banque mondiale, austérité et marchandisation du système public de santé et de services sociaux (le plan caché) : Jacques Benoit, coordonnateur de la Coalition solidarité santé, montre que les initiatives du ministre Barrette correspondent presque parfaitement aux recommandations faites par la Banque mondiale dans un document paru en 1997 et visant la privatisation des services publics et la libéralisation des marchés publics. Sa démonstration est pour le moins convaincante.

3. Notre système de santé : historique, diagnostic, remèdes : Line Larocque, vice-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), décrit tout d’abord les conséquences de «l’austérité à géométrie variable» du gouvernement Couillard : pendant qu’on réduit la qualité des services en éducation et en santé (notamment), et que la qualité de vie des travailleuses et travailleurs de la santé (et de l’éducation) se détériore, on accorde de fortes hausses de rémunération aux médecins et on laisse le prix des médicaments augmenter à un rythme effréné. Elle donne ensuite des exemples de réduction de la qualité des services en santé et de la détérioration de la qualité de vie des travailleurs et travailleuses de la santé, et montre que les femmes en sont les premières victimes tant comme travailleuses que comme usagères.

4. Pour un régime public : Isabelle Leblanc, présidente de Médecins québécois pour le régime public (MQRP), analyse trois symptômes majeurs qui minent le régime public de santé québécois :

  • il fonctionne bien quand on y a accès, mais moins «pour assurer la santé et le bien-être de l’ensemble de la population»;
  • il est «centré sur les soins donnés par les médecins et le curatif»;
  • on y observe des iniquités, «surtout à cause d’un accès difficile».

5. Les données sur la santé : Je présente dans ce texte l’évolution :

  • des dépenses de santé en proportion du PIB;
  • de la part des dépenses privées en santé;
  • des dépenses de santé par secteur d’affectation de fonds;
  • de la part des dépenses privées dans ces mêmes secteurs;
  • des dépenses en médicaments prescrits;
  • du nombre de personnes assurées par le Régime d’assurance médicaments du Québec;
  • du nombre d’ordonnances par personne assurée par le RAMQ.

Ce texte est une fusion de trois billets parus en 2016.

6. La Fédération interprofessionnelle du Québec propose et teste des solutions prometteuses pour améliorer l’accès aux soins et la survie du réseau public de santé : Le titre de ce texte de Nancy Bédard, vice-présidente de la FIQ, explique bien son objectif. Elle y présente «de nouveaux modèles de soins de première ligne et d’hébergement des personnes âgées en perte d’autonomie», la contribution de la FIQ pour promouvoir les droits et les intérêts des patient.es, et certains gains obtenus lors de la dernière négociation de la convention collective qui permettront l’amélioration des soins de santé pour la population québécoise.

7. Vers des solutions : l’APTS propose : Les solutions que nous présente Carolle Dubé, présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), portent sur l’accessibilité et sur la qualité des services de santé, plus spécifiquement sur la prévention, la reconnaissance et l’accroissement de l’autonomie professionnelle, et sur la réduction du surdiagnostic.

8. Capitalisme et santé : le cas de la réforme Barrette : René Charest, organisateur communautaire, fait le tour des décisions gouvernementales (notamment législatives) des dernières années qui ont favorisé la privatisation des services sociaux et de santé. Plus précisément, l’auteur «pose l’hypothèse que le projet néolibéral dans le domaine de la santé repose sur trois socles : l’entreprise privée, l’hégémonie médicale et une survalorisation de la technologie de pointe».

Postface : la providence de la Révolution tranquille : Jean-Claude Germain conclut ce livre en nous expliquant comment le gouvernement actuel tente de transformer le grand succès de notre système public de santé en échec, de façon à pouvoir le livrer par idéologie néolibérale au secteur privé.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Si vous êtes minimalement intéressé par la question de la santé, oui, ce livre est à lire. Même si tous les auteur.es partagent des valeurs semblables, notamment en voulant préserver et même accentuer le caractère public de notre système de santé, les textes de ce livre comptent étrangement peu de répétitions, chacun d’entre eux abordant un angle différent de la question et fournissant des exemples particuliers pour illustrer l’importance de combattre les tentatives de privatisation du secteur de la santé. Et, en plus, les notes sont en bas le page!

Publicités
2 commentaires leave one →
  1. 12 février 2018 10 h 42 min

    J’ai déjà trois bonnes raisons avouables d’acheter.

    A+

    Aimé par 1 personne

  2. 12 février 2018 18 h 36 min

    Première raison satisfaite, une réponse à ma question sur la première de couverture; une aide comme on accorde au hockey à Sa meilleure pour la découverte en 4e de couverture du nom du peintre, de ce que je n’ai pas trouvé où je trouve d’habitude et à Google.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Gustav_Klimt

    Deuxième raison, je reste perplexe après avoir vu les graphiques sur l’identité de Jeanne Émard. Ça sent le mystère Réjean Ducharme.

    Troisième raison, laissez-moi le temps de lire plus que la quatrième de couverture pour trouver.

    Bonne St-Valentin, tendrEs et/ou bravesEs.

    (J’ai découvert à lire la quatrième de couverture de : La santé malade de l’austérité, notamment, l’utilité alternative du E majuscule au point ou au trait, genre.)

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :