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Du plomb dans les ailes

4 janvier 2021

Du plomb dans les ailesAvec le livre Du plomb dans les ailes – Avis sur les inégalités sociales, Centraide Québec Chaudière-Appalaches et Bas-Saint-Laurent «propose un survol de diverses formes d’inégalités sociales qui affectent les individus et les populations dans toutes les régions du Québec, comme ailleurs sur la planète».

Avant-propos : Cet avant-propos porte sur le contexte de la rédaction de ce livre et sur la réflexion à sa base, soit l’importance de montrer que les inégalités et la pauvreté s’expliquent bien plus par des facteurs collectifs que par le mérite ou des facteurs individuels.

Mise en contexte 2020 : La crise de la COVID-19 montre à quel point nos vies sont interreliées, comme le montrent aussi les inégalités. Réduire la transmission de la COVID-19 comme réduire les inégalités profite à toute la société et non seulement aux personnes qui en souffrent directement. Dans les deux cas (j’en ajouterais d’autres, dont l’environnement), l’action individuelle ne suffit pas, il faut agir collectivement. Ces deux phénomènes font ressortir les lacunes de notre filet social et de nos services publics, et montrent l’importance de la prévention.

Introduction : Les citoyen.es ont en théorie les mêmes droits et les mêmes chances, mais pas en pratique. Nous avons tou.tes des ailes pour nous épanouir, mais les inégalités plombent celles de trop de personnes. Ce document ne porte pas sur toutes les formes d’inégalités, mais sur six d’entre elles (économiques, emploi, éducation, santé, justice et environnement), formes interreliées dont les effets s’accentuent les unes les autres.

Comment se créent les inégalités sociales? : La «position initiale d’un individu sur l’échelle sociale dépend des ressources de ses parents et de celles que la société met à sa disposition». Sa mobilité sociale est influencée par sa position initiale, mais aussi par les ressources qu’il «pourra développer ou accumuler», ressources elles aussi distribuées de façon inégalitaire. Heureusement, ces inégalités ne sont pas une fatalité.

Où en sommes-nous en matière d’inégalités sociales?

Des inégalités de revenu et de richesse : Ce texte porte sur les mécanismes de distribution (salaires, revenus de placements, etc.) et de redistribution des revenus (impôts et transferts, surtout), et sur l’évolution des inégalités de revenus et de richesse. On y aborde aussi les caractéristiques et les conséquences de ces inégalités.

Des inégalités en emploi : Le travail est en général la principale source de revenus, mais a aussi un impact sur «notre statut social, notre santé et notre capacité à organiser notre vie personnelle et familiale». Ce texte porte aussi sur les conditions de travail, les normes du travail, l’impact de la syndicalisation, l’équité, l’accès à l’emploi, la retraite et, bien sûr, les inégalités propres à chacun de ces sujets.

Des inégalités en éducation : L’école favorise en principe l’égalité des chances, mais pour cela, il faut qu’elle soit elle-même égalitaire. Ce texte porte sur l’évolution du fonctionnement du système scolaire québécois, sur la croissance de la ségrégation scolaire et sur ses conséquences, sur l’accès aux services spécialisés (orthopédagogues, orthophonistes, psychologues, etc.) et sur la littératie et les compétences numériques.

Des inégalités sociales en santé : Ces inégalités se manifestent notamment par une espérance de vie beaucoup moins élevée dans les quartiers pauvres que dans les riches, et chez les personnes les moins scolarisées que chez les diplômé.es universitaires (à ce sujet, voir ce billet). Ce texte porte aussi sur les inégalités de maladies (dont la COVID-19), de logement, de pollution, d’environnement (comme les canicules et la pollution), de stress, d’alimentation, de statut social et d’accès aux services de santé physique (dentaire, de la vue, orthophonie, etc.) et de santé mentale.

Des inégalités en matière de justice : Environ 69 % des Québécois.es «considèrent qu’ils n’ont pas les moyens financiers de se défendre et de faire valoir leurs droits devant les tribunaux». Malgré quelques améliorations au cours des dernières années, les critères de l’aide juridique ne permettent qu’aux plus pauvres d’avoir accès au système de justice gratuitement, et pas dans tous les cas. Ce texte présente aussi quelques propositions qui amélioreraient cet accès et aborde le traitement inégalitaire et discriminatoire du système de justice (y compris policier et correctionnel), notamment selon le statut social et l’origine ethnique.

Des inégalités en environnement : La responsabilité et les conséquences du réchauffement climatique et des autres formes de dégradation de l’environnement (pollution, eau, déforestation, diversité, etc.) sont inégalitaires, tant entre les pays qu’à l’intérieur de chaque pays, les riches (pays comme individus) étant davantage responsable de ces problèmes et en subissant moins les conséquences.

Quelles sont les conséquences collectives des inégalités sociales? : Ces conséquences se concrétisent aussi bien en coûts qu’en perte de qualité de vie et de cohésion sociale, et qu’en augmentation de problèmes sociaux.

Avons-nous le pouvoir de changer le cours des choses? : Face au sentiment d’impuissance assez répandu, des organismes (communautaires, syndicats, etc.) travaillent justement pour encourager et regrouper les citoyen.nes défavorisé.es, et ont permis, grâce à l’action collective, d’améliorer la situation et surtout d’éviter qu’elle se détériore davantage.

Choisir de réduire les inégalités : Si la situation actuelle ne peut pas changer tout d’un coup, il est possible d’obtenir des gains partiels qui permettent graduellement de progresser vers une société plus juste et plus égalitaire. Ces avancées peuvent provenir de pressions sur les décisions gouvernementales (fiscalité des individus et des entreprises, transferts, réglementations, dont le salaire minimum, services publics, etc.), mais aussi sur les entreprises (politiques salariales, conditions de travail, participation des employé.es aux décisions, intégration de groupes défavorisés, économie sociale, etc.), et d’actions dans la communauté (notamment par du bénévolat, en favorisant la mixité sociale et en participant à des lieux d’exercice de pouvoir, comme des organismes communautaires, des comités d’usager.ères et des conseils d’établissement). Ce texte aborde aussi quelques aspects de la philanthropie (de façon pas assez critique à mon goût, mais quand même assez bien pour un livre publié par un chapitre de Centraide qui existe grâce à la philanthropie).

Conclusion : «Une société, c’est un projet collectif qui prend tout son sens lorsque l’on considère la richesse qu’il y a à vivre ensemble». De même, vouloir «réduire les inégalités sociales, c’est assumer que, dans une société, le sort de chacune et de chacun est lié à celui de l’autre». Ce livre visait à susciter la réflexion pour que nous soyons toujours plus nombreux.euses à agir pour que tout le monde puisse prendre son envol sans avoir du plomb dans les ailes. Mission accomplie!

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Ayant des réserves avec les politiques de Centraide (disons que je connaissais surtout le chapitre de Montréal), mes attentes étaient limitées. En fait, n’eut été de recommandations de la part d’un ami Facebook qui a contribué à ce livre, je ne me le serais pas procuré. Finalement, j’ai bien fait de l’écouter! Plutôt que de se concentrer sur les inégalités de revenus et de richesse, il aborde aussi des formes d’inégalités moins discutées. Ses textes sont courts, mais étonnamment complets. La présentation est aérée, agrémentée de nombreuses illustrations qui complètent bien le texte et de témoignages qui enrichissent les analyses. J’ai bien déploré que les données présentées ne soient pas toujours les plus récentes et qu’elles auraient pu parfois être mieux contextualisées, mais cela ne change pas les principaux constats du livre. Finalement, les notes explicatives sont en bas de page, mais, malheureusement, les 137 références sont à la fin du livre. Comme elles m’intéressaient, j’ai dû utiliser un deuxième signet…

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