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La fabrique des pandémies

28 juin 2021

fabrique des pandémiesAvec son livre La fabrique des pandémies – Préserver la biodiversité, un impératif pour la santé planétaire, Marie-Monique Robin, journaliste d’enquête et réalisatrice, «contribue à dissiper le grand aveuglement collectif qui empêchait d’agir. Le constat est sans appel : la destruction des écosystèmes par la déforestation, l’urbanisation, l’agriculture industrielle et la globalisation économique menace directement la santé planétaire».

Préface – Pour agir face aux épidémies, un livre salutaire : Serge Morand, écologue et biologiste français, souligne que, plus d’un an après l’émergence de la COVID-19, de nombreuses questions sur ce virus demeurent sans réponses. Il présente ensuite les enjeux que ce livre approfondira.

Introduction – Une «épidémie de pandémies» : Un ministre français a déjà ridiculisé les écologistes qui faisaient des liens entre la COVID-19 et l’environnement. Cela fait pourtant des décennies que les scientifiques font le lien entre les épidémies de pandémies et «les pressions qu’exercent les activités humaines sur la diversité». Ce livre est le résultat des échanges de l’autrice avec 62 scientifiques, et un documentaire suivra (elle est entre autres la réalisatrice du documentaire Le Monde selon Monsanto).

1. Le retour des pestes : Dans les années 1960, de nombreux scientifiques considéraient que les maladies infectieuses étaient éliminées pour de bon. Moins de 20 ans plus tard, on s’inquiétait au contraire de l’apparition de nouvelles maladies et même d’anciennes qui étaient devenues résistantes aux traitements (surtout aux antibiotiques). Et ces maladies n’ont cessé d’apparaître depuis (Ebola, sida, maladie de Lyme, Nipah, SRAS-1, H5N1, Zika, COVID-19, etc.). Elle aborde ensuite :

  • le mode de transmission des virus des animaux non humains aux humains;
  • les facteurs qui favorisent cette transmission (agriculture, déforestation, destruction d’habitats naturels, changements climatiques, densité de la population, mobilité humaine, etc.);
  • le manque de prévention et de préparation face à l’apparition prévue de nouvelles maladies.

2. Les activités humaines provoquent l’émergence des maladies infectieuses : Serge Morand raconte l’émergence du virus Nipah en Malaisie en raison de la destruction d’habitats d’une chauve-souris à Bornéo pour faire pousser des palmiers à huile. Celle-ci s’est ensuite nourrie sur des terres agricoles, a infecté des porcs qui ont transmis ce virus à des humains. L’autrice aborde ensuite :

  • le lien entre la déforestation et l’émergence de maladies infectieuses partout sur la planète;
  • le rôle de l’élevage et des animaux domestiques dans la transmission de pathogènes;
  • le mythe des barrières de transmission des maladies entre les espèces.

3. Les liens entre la biodiversité et les maladies infectieuses émergentes : Le quart des mammifères, le tiers des amphibiens, le sixième des oiseaux et bien d’autres espèces sont menacés d’extinction en raison de l’activité humaine. L’autrice aborde notamment :

  • l’éveil de la conscientisation à l’importance de la biodiversité;
  • le lien entre la pauvreté et la perte de biodiversité, et entre l’augmentation du nombre d’espèces en voie d’extinction et celle du nombre d’épidémies infectieuses;
  • la veille d’éclosions de virus chez les animaux non humains comme prévention à une possible transmission de ces virus chez les humains;
  • les raisons pour lesquelles les chauves-souris sont des réservoirs de virus.

4. Comment la biodiversité protège la santé – l’effet dilution : L’autrice présente de nombreuses épidémies dues à la baisse de biodiversité, phénomène qui semble contre-intuitif, car le nombre de porteurs des virus diminue quand son espèce est menacée. Cela est dû à l’effet dilution qui fait en sorte que, quand les membres d’une espèce porteuse d’un virus sont entourés de beaucoup d’autres espèces non porteuses (dont des prédateurs, souvent les premières victimes des activités humaines, qui diminuent leur nombre), le virus tend à trouver moins d’individus potentiellement porteurs et à moins se transmettre (je simplifie). L’autrice aborde ensuite :

  • l’effet dilution chez les plantes en évitant la monoculture;
  • le rôle des engrais et des pesticides dans la propagation des maladies infectieuses;
  • les critiques infondées de l’effet dilution.

5. Les maladies non transmissibles – l’hypothèse de la biodiversité : L’autrice, citant des scientifiques qu’elle a interrogées, décrit notre microbiome, soit l’ensemble des espèces (virus, microbes, champignons, etc.) qui vivent dans notre corps ou sur notre peau, puis explique que l’équilibre de ce microbiome est fortement influencé par la diversité environnementale, surtout dans notre enfance. Elle aborde ensuite :

  • le rôle de la diversité de l’environnement et de notre microbiome sur la prévalence des allergies et sur l’équilibre de notre système immunitaire, et le lien entre ces deux diversités;
  • le double impact de la destruction de la biodiversité sur l’exposition aux maladies et sur la fragilité face à ces maladies;
  • l’impact négatif de l’individualisme sur le respect des mesures sanitaires et sur la transmission des maladies infectieuses.

6. Vers une écologie planétaire de la santé : Jakob Zinsstag promeut une médecine commune pour les animaux et les humains pour pouvoir lutter contre les maladies infectieuses (voir ce livre). L’autrice aborde ensuite :

  • les discussions et tentatives pour lutter mondialement contre les maladies infectieuses;
  • l’impact du changement climatique sur les maladies vectorielles (surtout des zoonoses);
  • la forte probabilité que nous ne soyons pas capables de nous débarrasser de la COVID-19 et que d’autres pandémies lui succèdent à un rythme accéléré;
  • les conséquences de la «libération» de virus gelés dans le pergélisol, parfois pendant des millénaires;
  • le lien entre le réchauffement climatique et le développement de l’antibiorésistance;
  • le concept de santé planétairesanté de la civilisation humaine et des systèmes naturels dont elle dépend»);
  • le lien entre la malnutrition et l’obésité et la vulnérabilité aux virus.

7. Bien-être humain et santé des écosystèmes – les peuples indigènes montrent la voie : Shahid Naeem montre à quel point la recherche en écologie est dépréciée et sous-financée dans les universités, alors qu’elle est en mesure de trouver des solutions pour éviter une prochaine pandémie. L’autrice aborde ensuite :

  • d’autres études sur le rôle de la biodiversité sur «le fonctionnement des écosystèmes et le bien-être humain»;
  • l’impact des feux de forêt sur la faune, la flore et la santé physique et mentale des humains;
  • le rôle de la biodiversité sur la santé des sols, des écosystèmes et des humains;
  • les bienfaits d’évaluer l’état des écosystèmes;
  • le lien entre la biodiversité d’une région et la diversité des langues qu’on y parle;
  • l’automédication chez les animaux, notamment chez les grands singes.

Conclusion. L’après-covid – comment éviter la prochaine pandémie : Si on veut éviter l’effondrement de nos conditions de vie, il faut «arrêter l’érosion des écosystèmes et réduire drastiquement les inégalités sociales». En effet, des études ont montré le lien très fort entre l’effondrement des civilisations antérieures et la surexploitation des ressources naturelles jumelée à la distribution inégalitaire des richesses. Les scientifiques que l’autrice a rencontré.es sont pessimistes face aux possibilités de la civilisation actuelle de s’en sortir cette fois, mais estiment qu’il faut quand même essayer. Ils et elles font ensuite le tour des mauvaises solutions et misent sur les actions visant le renforcement des écosystèmes et la lutte contre les inégalités. L’autrice présente des exemples de ces actions mises en œuvre un peu partout et vante la multidisciplinarité qui seule peut permettre une vision globale de la situation. Mais, au bout du compte, toute solution efficace dépend des décisions des politicien.nes, ce qui n’est pas nécessairement encourageant…

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! J’ai bien aimé ce livre, que j’ai trouvé tout à fait complémentaire au livre Pandémie – Traquer les épidémies, du choléra aux coronavirus de Sonia Shah que j’ai présenté dans ce billet, quoique je recommanderais ce dernier si on ne veut n’en lire qu’un. En effet, le livre de Sonia Shah est plus complet, alliant l’histoire des pandémies avec leur fonctionnement et leurs caractéristiques, alors que celui de Marie-Monique Robin est plus un livre à thèse (thèse bien démontrée que j’appuie) faisant le point sur des recherches récentes. Cela dit, ce livre englobe finalement plus de sujets, faisant des liens entre de nombreux enjeux qu’on pourrait penser indépendants les uns des autres. Et cela est bien! Finalement, les 197 notes de références sont à la fin du livre, mais les compléments d’information sont en bas de page (sauf une en fin de livre, une erreur, probablement).

2 commentaires leave one →
  1. Jacques Laurin permalink
    28 juin 2021 10 h 21 min

    « Conclusion. L’après-covid – comment éviter la prochaine pandémie : Si on veut éviter l’effondrement de nos conditions de vie, il faut «arrêter l’érosion des écosystèmes et réduire drastiquement les inégalités sociales». En effet, des études ont montré le lien très fort entre l’effondrement des civilisations antérieures et la surexploitation des ressources naturelles jumelée à la distribution inégalitaire des richesses. »

    On dirait que l’auteur ne fait pas la différence entre corrélation et causalité. L’effondrement de nos conditions de vie (et de la population), est une condition sine qua non de l’arrêt de l’érosion des écosystèmes (et de la biodiversité). La réduction drastique des inégalités sociales ne peut donc n’en être une que d’égalité de modestie de nos conditions de vie, pour ne pas dire de pauvreté.

    J’aime

  2. 28 juin 2021 11 h 31 min

    «On dirait que l’auteur ne fait pas la différence entre corrélation et causalité»

    L’autrice transmet dans ce livre les analyses et les conclusions de nombreux scientifiques (62) qui connaissent bien la différence entre corrélation et causalité (j’espère!). En outre, mes compte-rendus sont des résumés qui ne peuvent que refléter bien imparfaitement le contenu de ce livre. Je vous invite donc à le lire pour voir si vous porteriez le même jugement.

    Aimé par 1 personne

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