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L’impact des hausses du salaire minimum sur les emplois à bas salaires

10 décembre 2016

salaire-minimum-et-emplois-a-bas-salairesLe Council of Economic Advisers (Assemblée des conseillers économiques) des États-Unis produit de temps en temps des études intéressantes, même si elles ont tendance à flatter l’administration Obama. J’en ai toutefois lue une la semaine dernière qui n’avait même pas ce biais (en tout cas, pas de façon aussi évidente qu’à l’habitude). Il s’agit d’un texte relativement court intitulé Minimum wage increases by US states fuelled earnings growth in low-wage jobs (Les augmentations du salaire minimum par les États américains ont favorisé la croissance des gains dans les emplois à bas salaire). Et, comme j’ai déjà publié cette semaine deux billets d’affilée qui ne portent pas sur le salaire minimum, je me suis dit qu’il était temps de revenir sur ce sujet!

Introduction

Les quatre auteur.e.s de ce texte soulignent en introduction que 18 États en plus du Distict de Columbia ont adopté des hausses parfois importantes du salaire minimum au cours des trois dernières années (en plus des 10 autres qui l’ont fait à compter de 2009). Le Conseil a donc voulu connaître l’impact de ces hausses sur les salaires horaires et hebdomadaires, et sur l’emploi des travailleurs à bas salaires de l’industrie des loisirs et de l’hospitalité. Les auteur.e.s ne le précisent pas, mais cette industrie («leisure and hospitality Industry») comprend les groupes 71 et 72 du Système de classification des industries de l’Amérique du Nord (SCIAN), soit les industries des arts, spectacles et loisirs, et de l’hébergement et des services de restauration.

Presque nulle de 1980 à 2007, la croissance des salaires aux États-Unis a légèrement augmenté par la salaire-minimum-et-emplois-a-bas-salaires1suite, surtout depuis 2012. Mais, la meilleure nouvelle est arrivée en 2015, année où la hausse médiane réelle (en tenant compte de l’inflation) du revenu des ménages a atteint 5,2 %, la meilleure année de ce côté depuis des lustres. Non seulement s’agit-il d’une bonne nouvelle, mais ce sont en plus les ménages des déciles inférieurs qui en ont le plus profité et ceux des déciles supérieurs qui en ont le moins bénéficié, comme le montre le graphique ci-contre. Une fois n’est pas coutume!

Situation du salaire minimum

L’image qui accompagne ce billet montre que le salaire minimum réel fédéral a diminué fortement depuis 1980 (l’année de l’arrivée de Ronald Reagan à la présidence des États-Unis). Alors qu’il s’est situé autour de 8,50 $ entre 1961 et 1980 (avec une pointe à 9,50 $ vers 1968), il a plutôt gravité aux environs de 7,50 salaire-minimum-et-emplois-a-bas-salaires2$ de 1985 à aujourd’hui (7,25 $ actuellement). Si 22 États appliquent toujours ce salaire minimum (ligne bleue au bas du graphique ci-contre), une dizaine d’États l’ont indexé au coût de la vie depuis 2009 (ligne grise) et, comme mentionné en introduction, 18 autres l’ont fait augmenter beaucoup plus fortement depuis la fin de 2013 (ligne orange). En fait, le salaire minimum est passé dans ces États en moyenne de 7,66 $ en décembre 2013 à 9,34 $ en octobre 2016, une hausse de 22 %. En plus, les auteur.e.s soulignent que 60 villes et comtés ont aussi augmenté leur salaire minimum depuis 2009.

Ces écarts de plus en plus substantiels fournissent l’occasion de vérifier encore une fois les conséquences d’une hausse du salaire minimum. Les auteur.e.s ont donc examiné ces conséquences pour les industries où on retrouve une part importante des emplois rémunérés au salaire minimum soit celles, comme mentionné plus tôt, des arts, spectacles et loisirs, et de l’hébergement et des services de restauration. D’ailleurs, 50 % des personnes qui travaillent dans ces industries reçoivent un salaire horaire inférieur à 120 % du salaire minimum de leur État.

Conséquences sur les salaires horaires

salaire-minimum-et-emplois-a-bas-salaires3Le graphique ci-contre illustre la différence de salaire horaire moyen dans les industries des arts, spectacles et loisirs, et de l’hébergement et des services de restauration entre les États qui ont maintenu leur salaire minimum à 7,25 $ et ceux qui ont adopté une hausse du salaire minimum depuis la fin de 2013. On peut voir que, même si l’écart est toujours demeuré fortement favorable aux États ayant augmenté leur salaire minimum, le salaire moyen dans ces industries a diminué quelque peu dans ces États entre 2009 et la fin de 2013 alors qu’il a au contraire augmenté légèrement dans ceux qui n’ont pas modifié leur salaire minimum (notons que les lignes pointillées sont des tendances et les lignes ondulées, orange et bleue, sont les vraies moyennes). À partir de la hausse du salaire minimum à la fin de 2013, le salaire moyen des États qui l’ont augmenté a connu une croissance de 14,2 % (ou de 14,8 % par rapport à son niveau si la tendance précédente à la baisse s’était maintenue), tandis que le salaire moyen des États qui ne l’ont pas augmenté a crû de 7,2% (ou de 4,5 % par rapport à son niveau si la tendance précédente à la hausse s’était maintenue).

Les auteur.e.s concluent que la hausse du salaire minimum a non seulement eu un impact sur les salaires dans les États qui l’ont augmenté, mais aussi sur ceux des États qui ne l’ont pas augmenté.

Conséquences sur les salaires hebdomadaires

Les auteur.e.s examinent ensuite l’évolution des salaires hebdomadaires pour vérifier si la hausse du salaire minimum a eu un impact à la baisse sur le nombre d’heures travaillées, comme le prédit la théorie salaire-minimum-et-emplois-a-bas-salaires4économique orthodoxe. Comme le précédent, le graphique ci-contre montre que, de 2009 à la fin de 2013, les salaires hebdomadaires dans les industries des arts, spectacles et loisirs, et de l’hébergement et des services de restauration ont diminué légèrement dans les États qui ont adopté une hausse du salaire minimum depuis la fin de 2013 et ont au contraire augmenté dans les États qui ont maintenu leur salaire minimum à 7,25 $. Par la suite, soit entre la fin 2013 et octobre 2016, les salaires hebdomadaires dans les États qui ont adopté une hausse du salaire minimum ont augmenté de 16,4 % de plus qui si la tendance baissière antérieure s’était maintenue, tandis que ceux dans les États qui ont maintenu leur salaire minimum à 7,25 $ ont augmenté de 4,7 % de plus que si la tendance haussière antérieure s’était maintenue. On voit donc que non seulement les heures de travail n’ont pas diminué dans les États qui ont adopté une hausse du salaire minimum, mais qu’elles ont augmenté, puisque la hausse des salaires hebdomadaires (16,4 %) fut même plus élevée que celle des salaires horaires (14,8 %). Dans les États qui ont maintenu leur salaire minimum à 7,25 $, le nombre d’heures semble être resté assez stable, puisque la différence entre la hausse des salaires horaires (4,5 %) et celle des salaires hebdomadaires (4,7 %) est minime.

Les auteurs comparent ensuite l’évolution des salaires hebdomadaires pour l’ensemble des travailleurs du secteur privé des deux groupes d’États depuis la fin de 2013 et n’observent aucune différence notable. La hausse du salaire minimum n’a donc eu aucun effet observable sur l’ensemble des heures travaillées.

Conséquences sur l’emploi

La section précédente a démontré que les hausses du salaire minimum n’ont pas eu d’impact sur les heures travaillées, mais il reste à examiner la situation de l’emploi qui, selon la théorie économique orthodoxe, aurait diminuer dans les États où le salaire minimum a augmenté, surtout dans les industries salaire-minimum-et-emplois-a-bas-salaires5les plus touchées par cette hausse. Le graphique ci-contre montre clairement que ce ne fut pas le cas, ni dans les industries des arts, spectacles et loisirs, et de l’hébergement et des services de restauration ni dans l’ensemble du secteur privé. En effet, les tendances de l’emploi entre les États qui ont maintenu leur salaire minimum à 7,25 $ et ceux qui ont adopté une hausse du salaire minimum depuis la fin de 2013 sont identiques, quel que soit le secteur présenté.

Ce constat et les précédents correspondent bien aux études empiriques des dernières années sur le sujet. Ils vont aussi dans le sens de l’analyse de David Card que j’ai présentée dans ce billet samedi dernier. En effet, les auteurs disent comme lui que : «lorsque les employeurs disposent d’un pouvoir suffisant sur un marché – ce qu’on appelle un monopole ou un pouvoir de fixation des salaires sur le marché du travail – et qu’ils peuvent offrir des salaires inférieurs à ceux qui prévaudraient dans un marché parfaitement concurrentiel, une hausse du salaire minimum peut à la fois faire augmenter les salaires et l’emploi».

En plus, comme le montrait une précédente étude du Conseil (que j’ai présentée dans ce billet), la concurrence tend à diminuer aux États-Unis faisant augmenter le pouvoir des employeurs de fixer les salaires. Cette tendance accentue la pertinence de hausser le salaire minimum fédéral, et s’il ne le fait pas, celui des États et des villes. Le hausser, oui, mais jusqu’à quel point? Cela les auteurs n’en parlent pas.

Et alors…

On pourrait penser qu’il ne s’agit que d’une autre étude favorable à une hausse du salaire minimum. Mais, cela serait minimiser l’importance de l’organisme qui signe cette recommandation. Cette étude ne se veut pas un appui au salaire minimum à 15,00 $, mais est une autre brique qui contredit les arguments de bien de ses opposants. Plus les salaires minimums des États et des villes qui ont prévu sa hausse jusqu’à 15,00 $ s’approcheront de cet objectif, plus nous en saurons sur la supposée limite qui rend ces hausses dangereuses. Jusqu’à maintenant, ces limites sautent les unes après les autres…

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