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250 000 emplois?

7 août 2012

Les réactions à la promesse de Jean Charest de créer 250 000 emplois en cinq ans furent on ne peut plus confuses. Pour les uns, cet objectif n’est pas assez ambitieux et pour d’autres il l’est trop!

Pas assez ambitieux?

Éric Grenier, rédacteur en chef de la revue Jobboom, prétend non seulement qu’il n’y a rien là, mais pire que ce n’est pas une promesse, mais une menace. Pour affirmer ça, il compare cette promesse avec l’augmentation de l’emploi au Québec dans la période de 5 ans qui a suivi l’arrivée du gouvernement libéral de Jean Charest, soit de juin 2003 à juin 2008. Il s’est ajouté, dit-il, 237 000 emplois au cours de cette période, pour une croissance annuelle moyenne de 1,25 %. Il ajoute que cette performance est médiocre, car au cours de la même période, il s’en est créés 460 000 en Ontario, pour une croissance annuelle moyenne de 1,43 %!

J’ai déjà comparé l’évolution de l’emploi au Québec et en Ontario dans un précédent billet et je n’arrive pas du tout aux mêmes conclusions. M. Grenier semble ne pas savoir que la population de l’Ontario augmente beaucoup plus rapidement que celle du Québec et que, pour tenir compte de ces différences, ce n’est pas le taux d’augmentation de l’emploi qu’il faut regarder, mais bien l’augmentation du taux d’emploi.

J’ai donc vérifié les données pertinentes, celles de l’Enquête sur la population active (EPA) de Statistique Canada, à l’aide du fichier cansim 282-0087. J’ai d’abord calculé que l’emploi avait augmenté au Québec de 255 000 ou de 263 000 entre juin 2003 et juin 2008, selon qu’on utilise les données désaisonnalisées ou non désaisonnalisées, et de 470 000 ou 475 000 en Ontario. Mais, bon la différence entre ces données et celles citées par M. Grenier ne sont pas vraiment importantes. Ce qui l’est, c’est que la population adulte (15 ans et plus) a augmenté de 5,2 % au Québec entre ces deux mois et de 7,6 % en Ontario. Au bout du compte, le taux d’emploi a augmenté de 1 point de pourcentage au Québec pendant qu’il diminuait de 0,1 ou 0,2 point en Ontario! Bref, M.Grenier ne sait pas de quoi il parle. Et je n’ai pas encore abordé sa pire erreur, cela viendra plus loin, car il n’est pas le seul à l’avoir faite.

Si on peut excuser M. Grenier, qui n’est pas un expert dans le domaine, c’est plus dur de le faire avec Nicolas Marceau, porte-parole du PQ en matière de finances et de développement économique et ex-professeur d’économie à l’UQÀM. Lui, il a utilisé les cinq dernières années au pouvoir du PQ, soit de 1998 à 2003, pour vanter son parti des 362 000 emplois (au moins le chiffre est exact!) qui se sont ajoutés au cours de cette période. Bravo le PQ, mais cette comparaison est malhonnête pour au moins deux raisons que M. Marceau connaît très bien. D’une part, la valeur du dollar canadien se situait au cours de cette période entre 63¢ et 68¢ en monnaie américaine (sauf en 2003 où il a atteint 71¢), alors qu’il est rendu à peu près à parité (même un peu au dessus aujourd’hui). D’autre part, il a sûrement déjà entendu parler du vieillissement de la population…

Trop ambitieux?

De leur côté, le Mouvement Desjardins et Emploi-Québec prévoient plutôt l’ajout de respectivement 135 000 et 173 200 emplois au cours de cette période. Personnellement, je trouve la prévision du Mouvement Desjardins plus réaliste que celle d’Emploi-Québec, même si je la considère elle aussi trop optimiste en raison de l’important vieillissement de la population qui se réalisera au cours des prochaines années. Par exemple, il faut savoir que, selon le scénario de référence des prévisions démographiques les plus récentes (2009) de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), le nombre de personnes dans les tranches d’âge les plus actives sur le marché du travail, soit celles âgées de 25 à 54 ans, diminuera de 1,7 % entre 2012 et 2017. Même si on considère aussi les 15-24 et les 55-64 ans, beaucoup moins actifs, on constate que ce scénario prévoit une baisse de 0,5 % du nombre de personnes âgées de 15 à 64 ans.

Alors, prévoir une augmentation de l’emploi quand il y a une baisse de la population en âge de travailler signifie qu’on prévoit une importance hausse du taux d’emploi (pourcentage du nombre de personnes âgées de 15 ans et plus en emploi). J’ai donc calculé la hausse des taux d’emploi que cela prendrait par rapport aux taux d’emploi observés en 2011 dans chaque tranche d’âge (15-19, 20-24… jusqu’à 65-69 et 70 ans et plus) pour que les prévisions du Mouvement Desjardins, d’Emploi-Québec et de Jean Charest se réalisent. Pour faire ces calculs, j’ai encore une fois utilisé les données du scénario de référence et du scénario fort des prévisions démographiques les plus récentes (2009) de l’ISQ.

Le résultat de ces calculs est illustré dans le tableau qui suit.

Pour bien comprendre l’optimisme de ces prévisions de hausses de taux d’emploi, il faut aussi savoir que les taux d’emploi en 2011 étaient déjà à leur sommet historique (depuis 1976) dans 5 des 12 tranches d’âge utilisées, et à un point de pourcentage et moins de ce sommet dans 4 autres tranches d’âge (et pas très loin dans les 3 autres!).

Or, on voit que pour que les prévisions du Mouvement Desjardins se réalisent, il faudrait que les taux d’emploi de chacune des 12 tranches d’âge utilisées augmentent de 2,5 points de pourcentage! C’est possible mais pas évident… Pour que celles d’Emploi-Québec se réalisent, là, il faudrait une hausse de 3,1 points, toujours dans chacune de ces 12 tranches d’âge. Là ça s’en vient corsé… Mais pour que celles de Jean Charest se réalisent, cela prendrait une hausse de 4,5 points de pourcentage du taux d’emploi de chacune des 12 tranches d’âge! Du jamais vu! Et si le taux augmentait moins dans quelques-unes de ces tranches d’âge, il faudrait qu’il augmente encore plus dans les autres! Avec une hausse égale (4,5 points dans chacune des 12 tranche d’âge), le taux d’emploi dans 4 tranches d’âge serait supérieur à 86 %, alors que le sommet historique dans une seule tranche d’âge au cours des 36 dernières années fut de 83,2%! Impossible n’est pas français, mais quand même…

Même en prenant le scénario fort des prévisions démographiques de l’ISQ, qui repose entre autres sur l’hypothèse d’une hausse importante de l’immigration pas du tout prévisible, cela exigerait une augmentation de 3,7 points dans chacune des 12 tranches d’âge… Encore là, le taux d’emploi serait supérieur à 85 % dans quatre tranches d’âge et même supérieur à 86 % dans deux de ces quatre… Ai-je dit que le sommet historique dans une seule tranche d’âge au cours des 36 dernières années fut de 83,2%?

Et alors…

De toutes les promesses à saveur économique, celles sur l’emploi sont, selon moi, celles qui suscitent le moins de questions, même quand elles sont complètement farfelues (pas les questions, les promesses!). Quand même un journaliste qui œuvre dans le domaine du marché du travail depuis au moins une dizaine d’années comme Éric Grenier prétend qu’une promesse irréalisable est selon lui trop modeste, on voit que le niveau de connaissance en la matière est à tout le moins insuffisant…

Même un économiste comme Alain Dubuc se permet de dire n’importe quoi (bon, ce n’est pas la première fois…). Dans la chronique qu’il a écrite sur le sujet, il fait son Éric Grenier :

«Les libéraux visent 50 000 emplois par année, quand, selon les prévisions, il s’en créerait autour de 40 000 sans intervention particulière. La promesse, relativement modeste, se ramène donc à 10 000 postes par an.»

Il dit même :

«Parler d’emplois, c’est une façon pour les libéraux de rappeler que le Québec en a perdu moins que ses voisins pendant la crise, qu’il les a récupérés plus vite et qu’après une mauvaise année 2011, les choses vont bien en 2012, avec 79 500 nouveaux emplois depuis le début de l’année.»

J’ai déjà parlé ici de cette hausse qui est en fait une correction statistique de la «fausse» baisse du dernier trimestre de 2011. Alain Dubuc ne peut même pas plaider l’ignorance, car il avait utilisé cette fausse baisse (que j’avais questionnée dès le début…) en janvier dernier pour accuser le modèle québécois d’être responsable de tous les maux. Maintenant, il tente de se servir de la fausse hausse pour prétendre que tout va bien, mais pas en raison du modèle québécois, bien sûr! Ignorance ou malhonnêteté intellectuelle? Je n’ose trancher…

En fait, si on regarde l’évolution de l’emploi depuis un an, on verra l’emploi moyen des six premiers mois de 2012 (la période que vante Alain Dubuc) fut inférieur de 0,1 % ou de 0,2 % de celui des six premiers mois de 2012 selon qu’on compare les données désaisonnalisées ou non désaisonnalisées! Notons toutefois que les données de l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) sont plus positives, indiquant une hausse de 38 000 de l’emploi salarié entre la moyenne des cinq premiers mois de 2012 et celle des cinq premiers mois de 2011. Mais, dans tous les cas, la hausse est inférieure aux données citées par M. Dubuc et aux prévisions de Jean Charest.

Avant même les effets majeurs du vieillissement de la population que j’ai décrits dans ce billet, on voit bien que la croissance de l’emploi commence déjà à battre de l’aile… Alors, imaginons dans cinq ans!

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27 commentaires leave one →
  1. Gilbert Boileau permalink
    7 août 2012 22 h 11 min

    Tout à fait clair et précis. Diffusons la nouvelle …

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  2. 7 août 2012 23 h 27 min

    Il ne manque que mes calculs sur sept feuilles d’Excel (bon l’équivalent sur OpenOffice)…

    «Diffusons la nouvelle …»

    Je fais ce que peux!

    Sérieusement, je suis tout particulièrement content de ce billet… en espérant qu’il ne reste pas trop de coquilles. Mais, ça, je n’ai crainte, Richard me le dira bien!

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  3. Richard Langelier permalink
    7 août 2012 23 h 59 min

    «  Nicolas Marceau, porte-parole du PQ en matière de finances et de développement économique et ex-professeur d’économie à l’UQÀM ».

    Le créateur du logo de l’UQAM a précisé que ce n’était pas un accent grave, mais un trait qui s’imposait esthétiquement. Tu vas me dire que toi aussi, tu possèdes un droit inaliénable à l’esthétique et je serai bouché.

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  4. 8 août 2012 0 h 54 min

    Si c’est la seule faute que tu as trouvée, je suis fier. Si c’est le seul commentaire que tu as, je suis déçu…

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  5. Richard Langelier permalink
    8 août 2012 1 h 06 min

    Laisse-moi le temps de vivre et de lire !

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  6. 8 août 2012 1 h 27 min

    « D’une part, la valeur du dollar canadien se situait au cours de cette période entre 63¢ et 68¢ en monnaie américaine (sauf en 2003 où il a atteint 71¢), alors qu’il est rendu à peu près à parité (même un peu au dessus aujourd’hui). D’autre part, il a sûrement déjà entendu parler du vieillissement de la population… »

    Je ne suis pas sûr de saisir le lien avec la monnaie; cela a-t-il eu une incidence sur le PIB per capita ou tout autre indicateur économique?

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  7. 8 août 2012 8 h 09 min

    @ pseudovirtuose

    «Je ne suis pas sûr de saisir le lien avec la monnaie; cela a-t-il eu une incidence sur le PIB per capita ou tout autre indicateur économique?»

    Désolé, je prends trop facilement des choses pour acquises…

    Pour répondre, cela me prendrait tout un billet! Disons entre autres que l’emploi dans le secteur manufacturier a diminué de plus de 160 000 emplois entre 2002 et 2011 (alors qu’il avait augmenté de près de 50 000 au cours de la période choisie par M. Marceau, période au cours de laquelle la valeur du dollar canadien était à son minimum). En fait, il a commencé à baisser un peu en 2003, en grande partie en raison de la hausse de la valeur du dollar canadien. Le lien entre les deux est très très fort! De même, le solde du commerce international du Québec est passé d’un surplus de 6 milliards $ en 2002 à un déficit de plus de 22,5 milliards $ en 2011. Le même phénomène s’est observé en Ontario.

    Bref, oui, la valeur de la monnaie a un très grand impact sur l’économie. On n’a juste à penser à la situation en Europe…

    Bon, il faut que j’arrête. J’espère que ça répond.

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  8. THE LIBERTARIAN BADASS permalink
    8 août 2012 9 h 18 min

    J’ai bien aimé cette mise au point, sauf naturellement quand on dit que Nicolas Marceau est malhonnête, il voulait sans doute juste faire comprendre que les promesses de Charest ne sont jamais analysées en profondeur!

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  9. 8 août 2012 10 h 02 min

    «sauf naturellement quand on dit que Nicolas Marceau est malhonnête»

    J’ai connu et apprécié Nicolas Marceau (avec qui j’ai déjà échangé en personne et par courriel). Mais, depuis qu’il est en politique, je ne le reconnais plus…

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  10. 8 août 2012 10 h 22 min

    Attendez!

    Avec le plan nord, les albertains vont se garocher au Québec…. a moins que ça soit les chinois!?!?!?!

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  11. 8 août 2012 11 h 02 min

    Darwin

    Faut pas m’inviter trop à trouver des coquilles….

    Tu as écrit:

    « les plus récentes (2009) de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), le nombre de personnes dans les tranches d’âge les plus actives sur le marché du travail, soit celles âgées de 25 à 54 ans, diminuera de 1,7 % entre 2012 et 2017. »

    Dans le fichier Popas_Qc_Ed09.xlz, scénario de référence, je trouve 1 715 944 personnes de 25 à 54 ans en 2012, et 1 691 279 en 2017, donc une diminution de 1.437%.

    Pour le reste, je ne suis pas vraiment surprise, les politiciens en campagne sont tellement débile qu’il pourraient bien nous pondre un taux d’emploi dépassant le 100%, ça c’est quand ils ne vendent pas leur mère parce que c’est plus payant de la louer!

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  12. 8 août 2012 11 h 59 min

    «Dans le fichier Popas_Qc_Ed09.xlz, scénario de référence, je trouve 1 715 944 personnes de 25 à 54 ans en 2012, et 1 691 279 en 2017, donc une diminution de 1.437%.»

    Le problème, c’est que tu as sélectionné les données pour le code 1 seulement, soit les hommes. Si tu prends les données avec le code 3 (deux sexes), tu verras que cela donne 3 372 680 personnes de 25 à 54 ans en 2012, et 3 316 770 en 2017, donc une diminution de 1,658 %, que j’ai arrondi à -1,7 %.

    « les politiciens en campagne sont tellement débile qu’il pourraient bien nous pondre un taux d’emploi dépassant le 100%»

    Moi, j’ai plutôt l’impression qu’ils ne réalisent même pas les conséquences que j’ai décrites ici. Cela dit, tu as raison, même s’ils s’en apercevaient, ils ne feraient les mêmes promesses!

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  13. 8 août 2012 12 h 03 min

    Oui, je viens de voir, désolée, tu as raison, j’ai refait les calculs avec le troisième sexe et ça fonctionne!

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  14. 8 août 2012 12 h 21 min

    Il n’y a pas de dommage. La première fois que j’ai utilisé ces données, j’ai fait la même chose…

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  15. 8 août 2012 13 h 09 min

    « En fait, il a commencé à baisser un peu en 2003, en grande partie en raison de la hausse de la valeur du dollar canadien. Le lien entre les deux est très très fort! »

    Au cours d’un débat avec l’un de mes amis sur l’éventualité d’une monnaie québécoise, ce dernier m’a balancé que l’industrie manufacturière québécoise était, de toutes façons, condamnée à disparaître en raison de la compétition internationale et du « cheap labor » que l’on retrouve dans les autres pays. Selon lui, la monnaie canadienne a eu peu d’incidence à ce propos car un pays tel que la Chine, maintenant une monnaie artificiellement basse, battrait à coup sûr le Québec sur ce terrain.

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  16. 8 août 2012 13 h 28 min

    «Selon lui, la monnaie canadienne a eu peu d’incidence à ce propos car un pays tel que la Chine, maintenant une monnaie artificiellement basse, battrait à coup sûr le Québec sur ce terrain.»

    Il a tort! J’ai lu de nombreuses études sur le sujet et elles attribuent entre 30 % et 50 % la baisse de l’emploi dans le secteur manufacturier à la hausse du dollar, donc à la hausse du prix du pétrole dont les effets sont couramment appelés la maladie hollandaise.

    Il a raison pour les baisses dans certaines industries, comme le vêtement, mais pas dans toutes.

    En plus, la hausse du dollar a aussi des effets sur le commerce international de services (génie, informatique, etc.).

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  17. 8 août 2012 14 h 51 min

    « J’ai lu de nombreuses études sur le sujet et elles attribuent entre 30 % et 50 % la baisse de l’emploi dans le secteur manufacturier à la hausse du dollar »

    Vous auriez quelques liens à me recommander? Cela me ferait plus que plaisir de les lui mettre sous le nez!

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  18. 8 août 2012 15 h 31 min

    http://www.irpp.org/po/archive/nov11/bimenyimana.pdf (pas de %, par contre)

    Ici, on parle de 33 % à 39 % :
    http://www.michelbeine.be/pdf/BBC2012.pdf

    En fait le taux n’est pas plus élevé parce qu’une partie de la hausse de la valeur du dollar canadien n’est pas due au pétrole (ou aux autres ressources naturelles), mais à la baisse relative de la valeur du dollar américain. Donc, on dit que 33 % à 39 % de la baisse de l’emploi dans le secteur manufacturier est dû à la maladie hollandaise, mais le % serait plus élevé si le facteur étudié était simplement ce dont je parlais, soit la hausse de la valeur du dollar canadien par rapport à celui des États-Unis.

    Article en français sur cette étude :
    http://www.radio-canada.ca/regions/alberta/2012/05/18/008-etude-federale-maladie-hollandaise-economie-canadienne.shtml

    Deux autres, dont une de l’OCDE :

    http://www.pembina.org/media-release/2344
    http://www.oecd.org/fr/finances/questionsmonetairesetfinancieres/50553213.pdf

    «L’économie continue de faire l’objet d’ajustements structurels du fait de ces variations persistantes des prix relatifs depuis le début des années 2000. En 2011, l’industrie manufacturière, qui est un secteur exportateur, ne représentait plus que 12.6 % de la valeur ajoutée totale après avoir culminé à 18.6 % en 2000. La part de ce secteur dans l’emploi s’est aussi fortement contractée au cours des dix dernières années (tombant de 15.2 % à 10.2 %), un peu plus même qu’aux États-Unis (graphique 3). Il est clair que ces deux résultats sont corrélés à l’évolution du taux de change.»

    (page numérotée 5)

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  19. 10 août 2012 7 h 58 min

    Quelques éléments de réflexion:

    Le Plan Nord – auquel le « Nord » ne croit guère pour l’instant -, pourrait (au conditionnel) – s’il fonctionne,

    a) créer de l’emploi chez les Premières Nations (les Cris, plus particulièrement), largement défavorisées à cet égard. Encore faudrait-il les former pour ces emplois, cependant. En Abitibi, l’UQAT a des programmes conçus pour eux mais pas nécessairement axés vers le génie minier, le génie civil ou les emplois de techniciens. L’UQAT, c’est moins loin pour eux que Laval, Sherbrooke ou McGill, mais ça reste néanmoins très loin et les déplacements depuis ou vers le Nord coûtent un bras.

    Puisque le taux d’emploi y est très faible, il y a de l’espace pour en créer. Mais… ils ne sont quand même pas 500000! On parle de quelques dizaines de milliers, tout au plus: même en y doublant le taux d’emploi, ça ne créera pas 50000 postes chez les Premières Nations!

    Paresseux? Oisifs? Pantoute. C’est juste que les postes d’associés chez WalMart ou d’opérateurs de skiddeuse y sont inexistants.

    = = =

    b) l’Alberta crée des emplois plus vite que sa population n’augmente. Alors elle importe des travailleurs des autres provinces, et elle les vide de leurs forces vives. Forces vives, dans le sens de « tranches d’âge qui paient des impôts et qui font font rouler l’économe locale ».

    Si le Plan Nord fonctionne – SI -, alors le Qc pourrait rapatrier un certain nombre de travailleurs en exil. Et s’il fonctionnait « à plein », alors il pourrait même importer des travailleurs, et pour cela, nul besoin d’augmenter notablement les tranches d’âge dans le spectre des 25-55 ans.

    C’est bien payé, ces emplois.En principe, ça pourrait concurrencer Fort McMurray. et ses tapis de goudron.

    Les ressources sont là. Elle ne vont pas émigrer au Dakota ou au Bengla-Desh, alors forcément la pression pour les exploiter existe et va augmenter. Les terres rares, notamment, mais ça pollue: il en faut, des tonnes de minerai, pour sortir de terre de quoi alimenter un minuscule circuit électronique!

    Alors il y a des risques associés, et avant de les encourir, une loi sur les mines, ça presse! Là-dessus, je donne raison au PQ: les redevances ne doivent pas s’appliquer aux seuls profits.

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  20. 10 août 2012 8 h 17 min

    «Mais… ils ne sont quand même pas 500000!»

    Très juste.

    «Puisque le taux d’emploi y est très faible, il y a de l’espace pour en créer»

    Je ne sais pas s’il est si faible. En tout cas, ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas beaucoup d’emplois comptabilisés qu’ils ne «travaillent» pas.

    «C’est juste que les postes d’associés chez WalMart ou d’opérateurs de skiddeuse y sont inexistants»

    Voilà!

    «Alors elle importe des travailleurs des autres provinces»

    Vous omettez les travailleurs étrangers… ce qui risque d’arriver en partie avec les emplois du Plan Nord!

    «une loi sur les mines, ça presse!»

    Les libéraux l’ont laissée mourir au feuilleton, on se demande bien pourquoi… Cette loi était très imparfaite, mais était quand même meilleure que le statu quo!

    La voie est libre pour les sociétés minières

    «Les multiples retards dans l’étude de la réforme de la Loi sur les mines, aujourd’hui morte au feuilleton, permettent à plusieurs projets miniers d’avancer vers la mise en production sans processus complet d’évaluation environnementale et d’audiences publiques, contrairement à ce que prévoyait la réforme.»

    (…)

    «La réforme de la Loi sur les mines, en chantier depuis la fin de 2009, prévoyait pourtant faire passer de 7000 à 3000 tonnes le seuil d’assujettissement à l’évaluation environnementale – un processus incluant la préparation d’une étude d’impact environnemental et social et la tenue potentielle d’un Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), qui permet au public de poser des questions. Puis, en novembre 2011, un amendement au projet de loi 14 prévoyait assujettir l’ensemble des projets miniers à un tel processus. Or, les parlementaires de l’Assemblée nationale n’ont jamais terminé l’étude de la dernière version de la réforme, les deux principaux partis s’accusant l’un et l’autre d’être responsable des délais»

    Québec meilleure mine pointe les libéraux

    «Deux compagnies qui tentent de contourner les évaluations environnementales, un ancien chef de cabinet de Jean Charest sur leurs conseils d’administration et un gouvernement sortant qui a laissé mourir au feuilleton le projet de loi 14, qui aurait obligé des évaluations environnementales pour toute nouvelle mine, ça commence à faire beaucoup», dénonce Ugo Lapointe, porte-parole de la Coalition.»

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  21. 10 août 2012 10 h 40 min

    Je me cite : «on voit bien que la croissance de l’emploi commence déjà à battre de l’aile…»

    Le communiqué de l’Enquête sur la population active de ce matin montre une baisse de l’emploi au Québec de 29 000… Bon, on ne capotera pas pour une donnée mensuelle, mais cela va dans le sens de ce que je disais dans le billet.

    http://www.statcan.gc.ca/pub/71-001-x/2012007/t008-fra.htm

    Ce même tableau montre que cette enquête estime que la population adulte a augmenté au Québec de 1,0 % entre juillet 2011 et juillet 2012, pendant la population active demeurait fixe, que l’emploi aurait baissé de 0,3 % et que le taux d’emploi aurait diminué de 0,7 point de pourcentage. Mon billet montre bien qu’il doit augmenter fortement pour que la prévision de création de 250 000 emplois, et en fait, il baisse!
    ,
    Cela dit, encore plus de personnes auraient quitté le marché du travail qu’il y en a eu qui ont perdu leur emploi, ce qui a entraîné une baisse de l’estimation du taux de chômage de 7,7 % à 7,6 %. Je parie donc que Jean Charest (et Alain Dubuc?) vont plus parler de cette donnée que de l’emploi!

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  22. 10 août 2012 15 h 28 min

    Darwin, je m’attend également à ce que Jean Charest se vante d’avoir fait diminué le taux de chômage de 69,4% 😉

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  23. 10 août 2012 16 h 24 min

    Merci, j’ai ajouté la virgule!

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  24. 14 août 2012 18 h 15 min

    Alain Dubuc écrivait, le 4 août dernier, il y a 10 jours, ce paragraphe que j’ai cité dn sle billet

    «Les libéraux visent 50 000 emplois par année, quand, selon les prévisions, il s’en créerait autour de 40 000 sans intervention particulière. La promesse, relativement modeste, se ramène donc à 10 000 postes par an.»

    Dans sa chronique d’aujourd’hui, il dit que cette «promesse modeste» est rendue l’équivalent de promettre la lune!

    «D’ailleurs, les pires engagements ne sont pas nécessairement ceux qui exigent le plus de fonds publics, mais plutôt ceux où les politiciens promettent la lune, comme les 250 000 emplois des libéraux (faut-il maintenant parler de 278 700?)»

    http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/alain-dubuc/201208/13/01-4564770-largent-pousse-t-il-dans-les-arbres.php

    Je n’en reviens pas de ce genre de revirements lancés comme ça, sans explication… Et je doute fortement que ce soit parce qu’il a lu mon billet qu’il a viré à 180 degrés! 😉

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  25. 14 août 2012 23 h 21 min

    @Darwin

    Comme bien des gens, Alain Dubuc veut au départ démontrer quelque chose… et le raisonnement doit s’articuler vers ce qu’il veut démontrer, quitte à ce que demain soit un autre jour!

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  26. 14 août 2012 23 h 38 min

    Je le connais bien (il a même déjà été auxiliaire d’enseignement – on disait démonstrateur, à l’époque, je crois – dans un de mes cours il y a près de 40 ans!). Mais, même s’il fait cela souvent, c’est la première fois que je le lis dire carrément l’inverse de ce qu’il disait 10 jours plus tôt! Il est quand même en général moins pire que Pratte!

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  1. 172 000 emplois, 210 000, 250 000… qui dit mieux? |

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