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Citations de Margaret Thatcher

13 avril 2013

thatcherAfin de donner suite aux billets de Darwin sur les citations d’économistes considérés comme étant des chefs de file au sein des écoles de pensées néo-classique et autrichienne, j’ai décidé de présenter les citations d’une célèbre politicienne conservatrice ayant directement mis en application les mesures néolibérales associées aux penseurs précédemment présentés.

L’influence de Hayek

Margaret Hilda Thatcher, ancienne première ministre britannique, est décédée lundi dernier, faisant dès lors rejaillir son nom sur toutes les lèvres. Reconnue pour son intransigeance et son idéologie ultralibérale, on retient également d’elle son admiration non dissimulée pour l’auteur Friedrich Hayek :

«Je suis une grande admiratrice du professeur Hayek. Il serait bien que les honorables membres de cette chambre lisent certains de ses livres […]»

On peut probablement attribuer les nombreuses privatisations et dérèglementations effectuées sous son gouvernement à cette influence de l’économiste autrichien. Selon Le Monde, les ouvrages de Hayek furent ses principaux livres de chevet à l’université, incluant son fameux bouquin La Route de la servitude. D’ailleurs, toujours selon le même article, elle disait entretenir une méfiance à l’égard des «élites» et des «intellectuels». Étrangement, Hayek, pourtant reconnu à titre de philosophe, économiste et lauréat d’un «Nobel» d’économie, ne semblait pas en faire partie à ses yeux…

Atomisation et déni de la société

Probablement en lien avec l’individualisme méthodologique inhérent aux enseignements économiques néo-classiques et autrichiens, Thatcher a déjà déclaré :

«La société n’existe pas. Il y a seulement des hommes, des femmes et des familles.»

Cette citation est certainement critiquable en plusieurs points et nie une part importante de la nature humaine mais elle permit à Thatcher de justifier l’ensemble de ses mesures défavorables aux plus démunis. En effet, si la société n’est qu’une chimère, il devient donc facile de mettre l’accent sur la responsabilité individuelle au point d’en faire une panacée. Selon cette logique, un pauvre est pauvre car il n’a que lui à blâmer et un riche ne s’enrichit que grâce à ses efforts et son succès mérité.

Dégoût du socialisme

En concordance avec sa vision sur la société, euh, je veux dire sur les regroupements d’individus, elle affirma dans ses mémoires :

«Je n’ai jamais oublié que l’objectif inavoué du socialisme – municipal ou national – était d’accroître la dépendance. La pauvreté n’était pas seulement le sol nourricier du socialisme : elle en était l’effet délibérément recherché.»

L’argument de la dépendance est souvent brandit par les droitistes lorsqu’ils disent vouloir refuser toute aide aux pauvres. On nous dit qu’apporter de l’aide aux plus nécessiteux ne fera qu’aggraver leur état de dépendance. Pas besoin de fait, c’est Thatcher qui le dit…

Antiféminisme et droits des femmes

Les propos de la «Dame de fer» avaient souvent le mérite d’être clairs :

«[traduction] Les féministes me détestent, n’est-ce pas? Et je ne les blâme pas. Je hais le féminisme. C’est un poison.»

Thatcher se voyait davantage comme un individu ayant su battre seule son chemin à travers un monde d’hommes machos et privilégiés que comme une femme ayant fait sauter le plafond de verre dans l’univers de la politique britannique. Pour elle, le combat pour l’égalité des droits des femmes avait déjà été «largement gagné» et son propre succès en tant que politicienne n’était aucunement redevable aux mouvements d’émancipation des femmes qui l’ont précédée. Pourtant, son biographe officiel Charles Moore a mentionné en 2011 qu’elle avait «bénéficié de la libération des femmes sans y démontrer le moindre intérêt.» Évidemment, reconnaître cette évidence aurait semblé incohérent pour l’ancienne première ministre étant donné que la société n’est qu’un leurre et qu’il est donc impossible que de précédents mouvements sociaux puissent avoir eu des répercussions considérables sur sa vie professionnelle et sa réussite personnelle en politique.

La philanthropie des plus riches face à la charité des plus pauvres

Sur les âmes généreuses, elle mentionna :

«Personne ne se souviendrait du bon samaritain s’il n’avait eu que de bonnes intentions. Il avait aussi de l’argent. »

Cette affirmation sous-entendait la croyance selon laquelle on n’est généreux que lorsque notre portefeuille nous le permet. Cependant, les faits tendent à indiquer l’inverse. Par exemple, en 2011 aux États-Unis, les gens membres du quintile de revenu le plus élevé offraient 1,3 % de l’ensemble de leurs revenus en charité. À l’opposé, les citoyens américains faisant partie du plus bas quintile sacrifiaient 3,2 % de la totalité de leurs revenus en dons de bienfaisance. De plus, cette générosité des moins nantis est accrue du fait qu’ils ne profitent pas, contrairement à leurs concitoyens davantage aisés, des crédits d’impôt obtenus en échange de ces dons en raison de leur tendance plus élevée à ne pas déclarer ces dons lors de la rédaction de leurs rapports d’impôt.

Sur les insultes entre politiciens

Elle disait se réjouir lorsque ses adversaires idéologiques l’attaquaient personnellement :

«[traduction] Je me réjouis toujours immensément si une attaque personnelle est particulièrement blessante parce que je pense, et bien, s’ils s’en prennent subjectivement à la personne, cela signifie qu’ils ne leur restent plus aucun argument politique.»

Néanmoins

«[traduction] Le problème avec vous John [l’un de ses collègues conservateurs] est que votre colonne vertébrale ne rejoint pas votre cervelle.»

Son amitié avec le dictateur chilien Pinochet

Thatcher semblait prioriser les libertés «économiques» au détriment des autres formes de liberté. Ses relations avec le dictateur Augusto Pinochet, tristement célèbre en raison de son renversement du gouvernement Allende démocratiquement élu au Chili, reflétaient cette préférence :

«[traduction] Je suis aussi parfaitement consciente que c’est vous [s’adressant à Pinochet] qui avez apporté la démocratie au Chili, vous avez concocté une constitution propice à la démocratie, des élections ont eu lieu, et puis, en concordance avec les résultats, vous avez cédé votre place.»

Grrrrrr! Quand les mots «démocratie» et «liberté» sont allègrement galvaudés…

Et alors…

Si cette femme en a impressionné plusieurs en raison de sa combativité et de sa réussite en tant que cheffe au sein d’un parti politique considéré comme étant rétrograde, macho et réactionnaire, elle a également suscité bien des réactions négatives à l’endroit de ses mesures néolibérales et aucunement solidaires avec ses comparses féminines.

Le but de la présentation de ces citations n’est point de réaliser un compte-rendu de la carrière politique de Margaret Thatcher mais plutôt de souligner la manière dont cette dangereuse idéologue, en raison de ses vues erronées sur la nature humaine, aura amorcé, conjointement avec Ronald Reagan aux États-Unis, une série de politiques économiques sabrant l’ensemble des réglementations dans le secteur financier et économique. Bref, des réformes dont les retentissements mondiaux auront éventuellement débouché sur la crise économique de 2008. De plus, cela est sans compter les nombreux changements austères ayant aggravé la situation des plus défavorisés au Royaume-Uni.

On peut donc admirer son succès personnel, mais sûrement pas son impact sur la société (qui existe bel et bien…)!

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12 commentaires leave one →
  1. 13 avril 2013 9 h 06 min

    Il y a comme une odeur de souffre chez la dame de fer.
    Ça donne du sesquisulfure de fer, une poudre noire qui vire au jaune-vert à température ambiante.

    Une belle couleur; que les mamans de jeunes bébés connaissent bien. .

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  2. youlle permalink
    13 avril 2013 9 h 28 min

    « Étrangement, Hayek, pourtant reconnu à titre de philosophe, économiste et lauréat d’un «Nobel» d’économie, ne semblait pas en faire partie à ses yeux… »

    Ceux qui n’aiment pas les intellectuels et les gens rationnels ont toujours leurs idoles, ceux qui font l’affaire. Comme en religion, c’est le leur qui est le bon et celui des autres un rêveur. Elvis Presley en est un bon exemple, particulièrement chez les incultes.

    Pour moi, c’est un signe de faiblesse. Incapables de se faire leur propre idée, de se faire une philosophie, ils adoptent celle des autres et pour bien paraître une qui est populaire, pour faire partie du groupe. La plupart du temps, ils font de la projection.

    C’est mon humble avis.

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  3. Mathieu Lemée permalink
    13 avril 2013 10 h 00 min

    Pour faire suite à ce texte, et dans la lignée des « mythes de l’économie zombie », il serait bon d’avoir un texte d’analyse sur les conséquences économiques que les politiques de Mme. Thatcher, surtout que depuis sa mort, la droite se fait des gorges chaudes sur le fait qu’elle aurait sauvé la Grande-Bretagne de la « dictature communiste et socialiste des syndicats » et de la générosité trop grande du gouvernement en matière sociale, qui aurait mené le pays à la catastrophe si elle n’avait pas été élu. Évidemment, la droite se garde bien d’évoquer les conséquences néfastes des politiques néolibérales de la Dame de fer, comme de juste.

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  4. 13 avril 2013 10 h 39 min

    Le Royaume-Uni n’allait pas bien. Peut-être une partie de l’explication réside-t-elle dans le vieillissement de son économie – une production qui avait cessé d’être au goût du jour, des moyens de production désuets. Et puis, le déclin de l’empire, jadis colonial et dont les satellites avaient depuis quelques décennies cessé d’alimenter la richesse.

    Arrive Thatcher. Il n’était probablement pas contre-indiqué de privatiser Rolls-Royce. Entre autres. Et les agences de cotation à la Moody’s devaient sans doute exercer des pressions insoutenables. Une décote, et c’est la catastrophe: les emprunts coûtent plus cher, le pays manque de liquidité et doit couper dans les services en même temps qu’il augmente la ponction fiscale.

    Booooon! Le problème, et je ne vais pas aborder ici les mamours de Thatcher et de Pinochet, c’est que la madame a trop souvent fait les mauvais choix. la Poll Tax, par exemple, qui a incité son propre Parti à lui retirer son poste de commande. Ça, c’est vraiment très exceptionnel – surtout quand on considère que ceux qui lui ont montré la porte étaient eux-mêmes très loin de la gogauche!

    Le problème, c’est quand on croit à ce point aux enseignements reçus et à l’idéologie à laquelle on adhère qu’il n’est plus possible de réfléchir et de faire preuve du moindre discernement. C’était le cas de la Thatcher.

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  5. 13 avril 2013 11 h 20 min

    @ Mathieu Lemée

    «Pour faire suite à ce texte, et dans la lignée des « mythes de l’économie zombie », il serait bon d’avoir un texte d’analyse sur les conséquences économiques que les politiques de Mme. Thatcher»

    J’imagine que ce commentaire s’adresse à l’auteur du billet, pseudovirtuose, mais je tiens à signaler la parution d’un texte qui me semble satisfaisant à cet égard dans Le Devoir de ce matin.

    Margaret Thatcher: ni à diaboliser ni à canoniser!

    Extrait :

    «Certes, ces actions ont permis de remettre l’économie britannique sur les rails et ont modernisé ses structures (même si ce redressement ne se fait réellement que plus tard, après son départ). Cependant, ces actions ont un prix. Premièrement, la désindustrialisation des régions au profit de l’essor de la finance du centre, Londres, ainsi que la refonte des programmes sociaux, notamment les allocations aux chômeurs, ont produit des situations sociales dramatiques (parlez-en aux Britanniques du nord du pays, surtout en Écosse). Deuxièmement, la réforme du marché du travail pour une plus grande flexibilité, combinée à l’explosion du secteur tertiaire (le secteur des services représente aujourd’hui plus de 70 % de l’économie), a multiplié les emplois précaires : souvent à temps partiel et à rémunération faible. Si bien que les inégalités ont littéralement explosé dans ce pays à partir du milieu des années 1980.

    Enfin, la crise de 2008 a montré qu’une structure économique basée essentiellement sur la finance, de surcroît une finance déréglementée et très opaque, rend fragile l’ensemble de l’économie.»

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  6. 13 avril 2013 13 h 59 min

    @Papitibi

    « Le Royaume-Uni n’allait pas bien. »

    http://en.wikipedia.org/wiki/Economic_history_of_the_United_Kingdom

    Selon wiki, les mesures « stop n’ go » des différents gouvernements précédents, à la fois conservateurs et travaillistes, malmenaient l’économie britannique car les politiques de relance et d’austérité perdaient toutes leur crédibilité auprès des agents économiques. Un instant on tentait de relancer l’économie et la croissance avec les dépenses publiques, le moment suivant, on voulait casser l’inflation avec l’austérité et ainsi de suite.

    Normalement, Thatcher n’aurait pas du non plus être en mesure de sortir le Royaume-Uni de ce cycle; ses politiques d’austérité lors de son premier mandat furent extrêmement impopulaires et elle était prête à se faire renverser. Cependant, rien de mieux qu’une bonne guerre pour mousser sa popularité auprès de l’électorat. Ces circonstances lui ont permis d’être réélue et de mener à bien l’ensemble de ses mesures néolibérales.

    On peut penser qu’un gouvernement travailliste menant à bien ses politiques de relance sans se laisser constamment déconcerté par une inflation légèrement supérieure à un taux habituel (1 à 3 %) aurait très bien pu remettre l’Angleterre sur les rails s’il avait lui aussi pu profiter d’un évènement similaire à celui de la guerre des Malouines en des temps plus dûrs pour l’économie (et donc d’impopularité pour le gouvernement).

    Certaines des compagnies privatisées étaient des monopoles naturels et pour Hayek, dont Thatcher était le disciple, un monopole naturel, ça n’existe pas… (Depuis quand ces gens pensent en fonction de la réalité et non pas en fonction de jolis modèles théoriques aux postulats érronés de toutes manières?) En conséquences, presque aucun gain de compétitivité n’a pu être observé avec certaines de ces privatisations et une plus forte réglementation fut éventuellement nécessaire. Je crois que Darwin en parle dans son dernier billet sur les zombies.

    @youlle

    « Ceux qui n’aiment pas les intellectuels et les gens rationnels ont toujours leurs idoles, ceux qui font l’affaire. »

    Pas besoin d’esprit critique ni d’ouverture intellectuelle! Tout est dans « La Route de la servitude »…

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  7. Cynthia Dubé permalink
    13 avril 2013 14 h 33 min

    Je sais que vous êtes déjà familiers avec le travail de Richard Wilkinson et de Kate Pickett (The Spirit Level), mais je crois que leurs idées devraient toujours être diffusées. Ici un article qui fait le lien avec la dame de fer:
    http://m.theatlantic.com/business/archive/2013/04/what-thatcher-didnt-understand-inequality-hurts-the-rich-and-poor-alike/274940/

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  8. Richard Langelier permalink
    13 avril 2013 16 h 00 min

    Si je me souviens bien, elle obtenait la majorité des sièges avec moins de 50% des voix.

    J’ai vu certains reportages présentant la vente de HLM aux locataires comme un grand succès. Est-ce quelqu’un sait comment ça fonctionnait?

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  9. Mathieu Lemée permalink
    13 avril 2013 18 h 53 min

    Merci pour le lien Darwin. 😉

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  10. youlle permalink
    13 avril 2013 20 h 44 min

    @ pseudovirtuose

    « Pas besoin d’esprit critique ni d’ouverture intellectuelle! Tout est dans « La Route de la servitude »… »

    Et oui! Pour Margaret Thatcher comme bien d’autres, c’était écrit écrit dans ses livres de chevet.

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  11. Oli permalink
    14 avril 2013 22 h 22 min

    Je connais plusieurs écossais. Ce que j’entendais à la suite de la mort de Thatcher, c’était en général ceci: « Normalement, le fait de célébrer positivement la mort de quelqu’un me semble un très mauvaise idée. Mais étant donné que Thatcher est responsable, à différents niveaux plus ou moins personnels, du déclin ou de la disparition complète de communautés, de familles, et d’un secteur complet de l’économie d’une bonne partie du pays, je n’ai pas vraiment d’objection à ce qu’elle brûle en enfer. »

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  1. Les revendications féministes sont (encore) nécessaires! |

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