Skip to content

Capital privé et public dans les pays riches

30 décembre 2013
capital

Un capital public et un capital privé

Le livre de Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle, n’a pas 976 pages (et une quantité phénoménale d’autres données, graphiques et explications techniques dans un site Internet créé pour l’occasion) pour rien… Il aborde en effet l’évolution du capital et des inégalités sur toutes ses coutures et dans de nombreux pays, en tentant aussi de déterminer les facteurs qui expliquent ces évolutions. Même si je ne l’ai pas encore terminé, je peux déjà dire que vais consacrer trois ou quatre billets pour présenter quelques-uns des sujets qu’il traite avant de commenter le livre comme tel. Même en sélectionnant les sujets les plus faciles à présenter, il est bien certain que je ne pourrai pas les approfondir comme l’auteur le fait dans son livre. Mais, cela permettra au moins de se faire une idée de la richesse des recherches que l’auteur a dû faire pour écrire ce livre et de la qualité de ses analyses.

Évolution du capital privé et public

– évolution à long terme

Dans le chapitre 5 de son livre, Piketty analyse l’évolution du capital privé et du capital public. Dans un premier temps, il examine cette évolution sur le long terme. Le graphique qui suit montre que cette évolution fut bien différente dans les pays européens qu’aux États-Unis.

capital1

Ce graphique compare l’accumulation de capital privé et public (terres agricoles, immeubles résidentiels et commerciaux, immeubles et équipements industriels, actifs financiers, etc. moins les dettes) en années de revenu national (somme des revenus moins la dépréciation du capital fixe due à l’usure; est assez semblable au PIB) pour les principaux pays d’Europe (les données historiques ne sont pas disponibles ou suffisamment fiables dans tous les pays) de 1870 à 2010.

Les constats les plus évidents sont que :

  • le capital privé est beaucoup plus élevé que le capital public tout au long de la période;
  • la valeur du capital privé européen était beaucoup plus élevé que celui des États-Unis en début de période, mais a chuté de moitié après la Première Guerre mondiale et a encore diminué considérablement après la Grande Dépression de 1929 et la Deuxième Guerre mondiale, pour ensuite augmenter fortement;
  • la valeur du capital privé des États-Unis a aussi connu des tendances semblables, mais de façon beaucoup moins prononcée;
  • la valeur du capital public européen a diminué fortement après les deux guerres mondiales (surtout en raison de la hausse de la dette publique) a augmenté beaucoup jusqu’en 1970-1980 pour rejoindre le niveau de la valeur du capital public des États-Unis (notamment grâce à la nationalisation de nombreuses entreprises et à la baisse de la dette);
  • la valeur du capital public, à la fois en Europe et aux États-Unis, a diminué par la suite (nous analyserons ce mouvement plus récent plus loin).

Piketty présente ensuite les principaux facteurs qui expliquent l’évolution de la valeur du capital privé, tant aux États-Unis qu’en Europe. Le premier est le niveau de croissance de la population. Pendant que la population était assez stable en Europe vers la fin du XIXème siècle et au début du XXème, les capitaux accumulés par personne demeuraient élevés et n’avaient pas tendance à diminuer, tandis que l’arrivée constante d’immigrants possédant peu de capital aux États-Unis restreignait son niveau par rapport au revenu national.

Le deuxième facteur est le rapport entre la croissance du revenu national et le niveau de l’épargne. Quand la croissance du revenu national est faible et le niveau de l’épargne est élevé, cela favorise la croissance de la valeur du capital privé par rapport au revenu national, car le numérateur (le capital privé) augmente grâce à l’ajout de l’épargne et le dénominateur (le revenu national) reste assez fixe. Ces deux facteurs expliquent aussi que la valeur relative du capital privé ait augmenté beaucoup plus rapidement en Europe qu’aux États-Unis depuis 1950.

La forte chute du capital privé européen entre 1910 et 1950 n’est pas due seulement à ces facteurs, ni à la Grande Dépression ou aux destructions des deux guerres. En effet, les pays européens ont adopté à cette époque des impôts sur les gains en capitaux, sur les successions et sur la fortune (notamment sur celle acquise par les collaborateurs lors de la Deuxième Guerre mondiale). En plus, l’inflation a entraîné l’effondrement de certaines fortunes, notamment en Allemagne, mais ailleurs aussi.

– évolution plus récente

Si l’évolution du rapport entre le capital et le revenu national dépend de facteurs de long terme comme le niveau de croissance de la population et le rapport entre la croissance du revenu national et le niveau de l’épargne, elle est aussi influencée par des facteurs de court terme qui peuvent différer grandement d’un pays à l’autre. La partie du haut du graphique qui suit le montre bien, en présentant l’évolution du rapport entre le capital privé et le revenu national pour les huit pays les plus riches entre 1970 et 2010.

capital2

On peut tout d’abord voir que, malgré les variations importantes entre les pays, le rapport entre le capital privé et le revenu national a connu une tendance nette à la hausse dans ces huit pays. Par contre, l’ampleur de cette tendance et les variations annuelles furent bien différentes. Piketty explique que «Ces évolutions erratiques sont dues au fait que les prix des actifs, qu’il s’agisse des actifs immobiliers (logement et immobilier professionnel) ou des actifs financiers (en particulier des actions), sont notoirement volatils». L’effet de cette volatilité se reflète par exemple de façon spectaculaire entre 1980 et 1990 au Japon (ligne avec le carré gris, au haut du graphique), alors que la valeur du capital sur le revenu national est passé de quatre ans à sept ans. Cette bulle fut tellement forte, que ce rapport n’a pu que diminuer par la suite pour revenir à environ six ans en 2010, sous le niveau atteint cette année-là en Italie (carré noir), tout juste au-dessus du niveau observé en France en 2010 (rond noir). La pointe de 1993 en Italie reflète le sommet d’une bulle immobilière et les baisses aux États-Unis (triangle blanc) de 2000 à 2003 et après 2007 s’expliquent respectivement par l’éclatement des bulles technologique et immobilière ces années-là. Le Canada (triangle gris) et l’Allemagne (triangle noir) n’ont pas vécus de tels événements, mais il n’empêche que leurs rapports entre le capital privé et le revenu national a presque doublé en 40 ans, passant de guère plus de 2 ans en 1970 à 4 ans en 2010.

C’est d’ailleurs ce que veut montrer Piketty. Au-delà des événements imprévus, il est clair que nous assistons à une forte tendance à la hausse du rapport entre le capital privé et le revenu national dans tous ces pays. L’auteur explique cette tendance par trois facteurs :

  • la croissance, tant démographique qu’économique, fut au cours de cette période beaucoup plus faible que celle de l’épargne;
  • même en ignorant les bulles qui ont gonflé et éclaté au cours de cette période, on a assisté à un rattrapage de la valeur des actifs immobiliers et boursiers;
  • depuis les années 1970-1980, on observe «un mouvement de privatisation et de transfert graduel de la richesse publique vers la richesse privée».

Alors que la croissance annuelle du revenu national par habitant a varié de seulement 1,6 % à 2,0 % et que celle de la population n’atteint que de 0,2 % à 1,4 % dans tous ces pays, le taux d’épargne annuelle a augmenté entre 7,3 % et 15,0 % selon les pays, dans tous les cas beaucoup plus rapidement que le revenu national par habitant et la population. Ce facteur fut, selon Piketty, le plus important pour expliquer la hausse du rapport entre le capital privé et le revenu national (le numérateur a augmenté bien davantage que le dénominateur).

Le rattrapage de la valeur des actifs immobiliers et boursiers dépend de facteurs qu’il serait trop long à expliquer ici. En gros, l’auteur souligne la forte hausse de la valeur marchande de ces actifs (prix des ventes observées) par rapport à leur valeur comptable (coût d’origine de ces actifs). Disons simplement que le ratio entre la valeur marchande et la valeur comptable a au moins doublé dans tous ces pays entre 1980 et 2010, et qu’il a même triplé dans deux d’entre eux (États-Unis et Grande-Bretagne, les deux pays qui ont, quel hasard, appliqué le plus les principes néolibéraux de Reagan et Thatcher…).

On peut voir dans la partie du bas du graphique 5.5 que le rapport entre le capital public et le revenu national, au lieu d’augmenter comme le fait celui du capital public, suit une tendance à la baisse dans l’ensemble des huit pays considérés. Alors que ce rapport était positif dans tous les pays en 1970 (entre 0,2 et 0,7 du revenu national, ce qui n’est pas rien), il était moins élevé dans sept de ces huit pays (l’exception étant l’Australie, ligne avec un rond gris, quoique ce rapport ait diminué depuis son sommet de 1990) et même fortement négatif en Italie (-0,7), ce qui signifie que sa dette nationale était de beaucoup supérieure à ses actifs. Même si cette baisse n’explique qu’une partie de l’augmentation du rapport entre le capital privé et le revenu national, elle est loin d’être négligeable. Ce transfert du capital public au capital privé peut avoir pris diverses formes, mais, chose certaine, tous ces pays ont privatisé un certain nombre d’entreprises (citons comme exemple la société Renault en France, les chemins de fer en Grande-Bretagne et Canadair au Canada).

Et alors…

Je répète que j’ai fortement résumé la présentation de l’auteur qui s’étend sur une quarantaine de pages (ce qui représente moins de 5 % du contenu de ce livre…). Il aurait bien sûr été intéressant de poursuivre en montrant l’impact de la hausse du rapport entre le capital et le revenu national sur les inégalités de revenu, mais cette section (que je suis en train de lire) est très complexe et s’étend sur une centaine de pages… Il y a tellement de facteurs qui jouent qu’il serait présomptueux de vouloir faire cette présentation dans un billet.

Au bout du compte, la présentation de Piketty de l’évolution du capital privé et public vient quantifier ce dont on se doute depuis longtemps : le capital privé augmente rapidement (encore plus celui des entreprises que celui des ménages, précision que j’ai omise dans ce billet) et on assiste vraiment à la privatisation du patrimoine de nos pays.

Cela n’est qu’un des aspects des sujets abordés dans ce livre. Je compte bien en présenter d’autres!

Publicités
25 commentaires leave one →
  1. Richard Langelier permalink
    30 décembre 2013 23 h 28 min

    En soi, la part importante du capital privé dans un pays ne me scandalise pas. J’ai déjà écrit sur ce blogue que la nationalisation de l’hydro-électricité au Québec s’imposait, mais contrairement à ce qu’a compris Minarchiste, je n’ai jamais prétendu affirmer une loi universelle. Je considère que si la Société des alcools du Québec n’existait pas, il n’y aurait pas lieu de la créer, mais qu’il n’y a pas lieu de la privatiser puisqu’elle fonctionne bien. Je suis partisan de secteurs témoins, dans le logement et dans le système bancaire ici. Je vis dans un quartier où le prix des logements est élevé. Je reçois l’allocation-logement et je n’ai pas fait de demande pour un HLM. Si je n’étais pas une personne seule, je ferais un autre choix. Dans mon cas, une amélioration du programme d’allocation-logement serait la bienvenue.

    Je n’ose pas envisager la privatisation du système de santé et scolaire.

    Je connais la rigueur de Thomas Piketty par « L’économie des inégalités » de la collection Repères aux Éditions La Découverte. Je voulais seulement indiquer que le patrimoine de nos pays peut nous appartenir aussi par une encadrement réglementaire de l’entreprise privée. J’ai en mémoire Lucien Bouchard et André Caillé qui étaient partis en orbite à la suite de la crise du verglas et le projet du Suroît. La propriété publique seule ne nous assure pas que le patrimoine du pays nous appartient.

    Je lirai évidemment Le capital au XXe siècle.

    J'aime

  2. david weber permalink
    31 décembre 2013 2 h 13 min

    31 décembre 1491 : Naissance du navigateur Jacques Cartier à Saint-Malo.

    Bonne et heureuse année à mes cousins Québecois.

    J'aime

  3. 31 décembre 2013 7 h 23 min

    «Je voulais seulement indiquer que le patrimoine de nos pays peut nous appartenir aussi par une encadrement réglementaire de l’entreprise privée»

    Élabore, svp. Quelle réglementation? As-tu des exemples de privatisations qui ont eu cet impact?

    «La propriété publique seule ne nous assure pas que le patrimoine du pays nous appartient»

    Non, mais ça aide! Il s’agit ensuite de s’assurer qu’elles sont gérées de façon démocratique, ce qui n’est pas de la tarte, mais quand même plus possible que quand une entreprise est privée-privée (sans aucume information disponible).

    J'aime

  4. 31 décembre 2013 7 h 24 min

    @ david weber

    Merci des souhaits! Pareillement!

    J'aime

  5. youlle permalink
    31 décembre 2013 9 h 57 min

    En ce 31 décembre 2013 je souhaite à tous et a toutes en 2014 la meilleure des années possible.

    J'aime

  6. 31 décembre 2013 10 h 00 min

    @ youlle

    Merci des souhaits! Pareillement!

    J'aime

  7. 31 décembre 2013 12 h 25 min

    @ Youlle,

    À tes souhaits !

    Et le paradis avant la fin de tes jours.

    J'aime

  8. youlle permalink
    31 décembre 2013 14 h 33 min

    @ Robert Lachance

    Pareillement!

    J'aime

  9. 31 décembre 2013 15 h 02 min

    Alors que globalement, nous sommes de plus en plus riche, des « gogos » continuent d’affirmer que nous sommes maintenant trop pauvres pour nous payer nos mesures sociales!!!

    Bizarrement, malgré la tendance lourde du capital privé à augmenter, inversement, le capital public baisse! C’est d’autant plus que la classe moyenne stagne depuis 30 ans. Faut croire que le « ruissellement » fonctionne au compte goutte… donc les gouttes ont le temps de s’évaporer avant de se rendre à nous! Et il y a encore des « gogos » qui mettent l’évaporation sur le dos de la lourdeur du système public!!!

    J'aime

  10. 31 décembre 2013 15 h 49 min

    @ Youlle,

    Le paradis avant la fin de mes jours en 2014 :

    – Pas d’élections nationales, que nos élus ne recourent pas au lieutenant-gouverneur.

    – En innovation politique, chez les membres d’Option nationale d’abord, le droit de vote dès la naissance aux membres, exercé par les parents le temps qu’il faut, bien entendu.

    – En mise à niveau politique plus large, entreprise par le PQ, QS ou la CAQ, d’une démarche menant à l’adoption chez-nous pour 2016 d’un système électoral à représentation proportionnelle intergénérationnelle.

    C’est capital public et privé.

    J'aime

  11. 31 décembre 2013 16 h 12 min

    @ Benton

    « malgré la tendance lourde du capital privé à augmenter, inversement, le capital public baisse»

    Cela est bien un des résultats de l’application du néolébéralisme depuis 1980… Quant au ruissellement, il semble mieux fonctionner du bas vers le haut, ce qu’on appelle en anglais le «trickle up»!

    J'aime

  12. youlle permalink
    31 décembre 2013 17 h 36 min

    @ Robert Lachance

    « En innovation politique, chez les membres d’Option nationale d’abord… »

    Vous me rappelez une chose triste en cette fin d’année.

    J’ai connu Jean-Martin Aussant, il y a environ huit ans. Sa mère musicienne était une collègue de mon épouse. Elle a été mon chef de chorale. Son père qui a travaillé à l’école de police a bien rendu service à ma mère, il y a plus de 40 ans.

    Quand il a quitté le PQ, je n’étais absolument de cet avis, mais je n’ai pas pu lui dire, mais j’en ai fait part à ses organisateurs qui n’ont pas compris.

    Le temps a passé.

    Plutôt que de ronger le PQ par en dedans et d’en faire un parti séparatiste, il a choisi de construire un nouveau navire. Erreur fatale. Tous connaissent la suite.

    Mon fils est retourné aux études après plusieurs années de travail. Il est en science politique et commence à être plus au courrant que son père. Peut-être que c’est un secret de polichinelle, mais Aussant est retourné en Angleterre avec sa famille chez Morgan Stanley Capital International qui lui ont ouvert grand les bras parce des gens lui ont fermé toutes les portes du Québec.

    Voilà les raisons, je pense, la raison de ses larmes le jour de sa démission.

    J'aime

  13. 31 décembre 2013 20 h 41 min

    @ Youlle,

    Comme une centaine d’autres membres, j’ai eu brièvement l’occasion en 2012 d’entendre Jean-Martin au piano. J’ai bien aimé. Vous m’informez d’où lui vient son intérêt manifeste pour la musique et le spectacle.

    Quitté le PQ en juin 2011 ?

    L’hémorragie se poursuit au Parti québécois (PQ). C’est au tour de Jean-Martin Aussant de quitter le navire et de devenir député indépendant de sa circonscription de Nicolet-Yamaska.

    M. Aussant emboîte le pas à ses collègues péquistes, Pierre Curzi, député de Borduas, ainsi qu’aux députées de Rosemont et de Crémazie, Louise Beaudoin et Lisette Lapointe, qui ont claqué la porte, lundi.

    Ces trois députés poids lourds n’ont pas accepté de se faire imposer une ligne de parti par Pauline Marois concernant le vote sur le projet de loi 204 visant à sceller l’entente entre la Ville de Québec et Quebecor à propos de la gestion du nouvel amphithéâtre.

    «Mme Marois actuellement n’a pas assez de tirant auprès de la population pour faire un référendum gagnant»

    Les organisateurs, on ne peut pas faire sans.

    À son âge, un choix songé j’imagine, audacieux, personnel et de génération, d’avant-garde. C’était peu plutôt que mal calculé à court terme. J’admets mais il a donné naissance à un parti qui pourrait faire la différence dans l’évolution d’un territoire multinational soumis à des ambitions datant d’une autre époque, « car ton bras sait porter l’épée, il sait porter la croix » en un pays parmi une majorité d’autres soucieux d’un avenir aux ressources limitées pour une humanité de 9 milliards d’individus dans une trentaine d’années.

    Suite au départ de son chef-fondateur, Option nationale ne s’est pas écroulée. Après quelques centaines de retraits de « j’aime » sur Facebook, étirés sur quelques mois, le parti reprend de l’altitude depuis 15 jours.

    Son nouveau chef est un parfait inconnu, inexpérimenté en politique comme ça ne se peut pas, mais fort d’une formation en philosophie, ouvert à toute coalition menant à ce que Jean-Martin aspirait. Ça n’est pas triste. C’est un défi excitant pour les prochaines nationales si elles n’ont pas lieux avant 2016 alors que nous disposerions d’un système de scrutin à représentation proportionnelles intergénérationnelles.

    Ce serait la cerise sur le dimanche, pour ne pas dire sunday, si alors les moins de 18 ans y exerceraient le droit de vote que leur confère la charte canadienne de 1982. Par l’entremise de leurs parents, s’il le faut, bien entendu.

    J'aime

  14. Richard Langelier permalink
    31 décembre 2013 22 h 19 min

    @ Darwin

    Je n’ai fait qu’émettre des trivialités. En me relisant, je vois que je les ai émises de « façon tout croche ».
    Il y a des secteurs névralgiques. Je ne voudrais pas que le système d’aqueduc soit privatisé. Je ne suis pas spécialiste des institutions financières. J’avais l’impression que les banques canadiennes avaient traversé la crise mondiale de la fin des années 2000, sans l’aide de l’État parce que le système bancaire canadien n’avait pas subi de déréglementations comme aux États-Unis. Je viens de trouver cet article http://www.iris-recherche.qc.ca/blogue/comment-le-canada-a-sauve-ses-banques-et-a-quel-prix .

    La téléphonie était considérée « monopole naturel » puisque les abonnés de différentes compagnies n’auraient pu communiquer entre eux. Le CRTC accordait le monopole sur un territoire, mais les entreprises devaient faire approuver leur tarification par le CRTC. Il appliquait le principe « as if » : s’il y avait de la concurrence, l’offre et la demande se croiseraient à ce point-ci. Pourtant Lancaster a démontré que si les 5 conditions de la concurrence pure et parfaite ne sont pas réunies, « as if » est un fantasme. Finalement le CRTC a obligé Bell à louer ses installations à d’autre entreprises. L’offre et la demande se fixent-elles maintenant au juste prix? Fouillez-moi.

    Il me semblait que mon élaboration était claire en levant de la fonte au gym, cet après-midi. J’aurais dû lever une tonne de plus. Une tonne métrique, bien évidemment. Les tonnes impériales quétaines, très peu pour moi!!!

    Il aurait fallu lire : « la croissance, tant démographique qu’économique, fut au cours de cette période beaucoup plus faible que celle de l’épargne ».

    J'aime

  15. 1 janvier 2014 0 h 36 min

    «Pourtant Lancaster a démontré que si les 5 conditions de la concurrence pure et parfaite ne sont pas réunies, « as if » est un fantasme.»

    Il y a-t-il un seul marché sur terre qui respecte ces cinq conditions? Non? Donc toute la conception du marché parfait est un fantasme! Cela dit, oui, les marchés jouent un rôle, mais pas celui de la théorie…

    «Il aurait fallu lire»

    Mais, c’est ce que j’ai écrit… À moins que tu ne veuilles vraiment dire qu’il aurait fallu que tu le lises!

    J'aime

  16. Richard Langelier permalink
    1 janvier 2014 14 h 29 min

    Sur mon vieil écran, je lis : « au court de cette période ». Que dois-je faire? L’envoyer au recyclage ou changer mes verres?

    Es-tu sûr qu’au Marché Jean-Talon, il n’y a pas :
    – atomicité des acteurs
    – homogénéités des produits
    – transparence de l’information
    – libre entrée et sortie sur le marché
    – libre circulation des facteurs de production
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Concurrence_pure_et_parfaite ?

    J'aime

  17. 1 janvier 2014 15 h 17 min

    Merci, c’est corrigé. J’avais beau regarder, je ne voyais pas…

    «Es-tu sûr qu’au Marché Jean-Talon, il n’y a pas :»

    – transparence de l’information
    Pas vraiment. On ne peut être sûr de l’origine précise de la marchandise. Il y a toujours le problème de l’asymétrie de l’information, où le vendeur connaît mieux sa marchandise que le client. Cela dit, je concède que ce facteur n’est pas majeur.

    – libre entrée et sortie sur le marché
    Ça ne prend pas de permis? N’y a-t-il pas des normes à respecter? Il est inexact de prétendre que «Quiconque veut s’adonner à une certaine production peut le faire sans restriction ni délai», ni que le reste du paragraphe de l’article de wiki que tu cites s’applique.

    – libre circulation des facteurs de production
    Là, c’est évident qu’un producteur de fromage ne peut devenir un producteur de patates sans délai et sans coût!

    J'aime

  18. 2 janvier 2014 10 h 41 min

    J’essaie de comprendre à fond le graphique 5.1 pour mieux envisager, prévoir le XXIe siècle. Vous trouvez ambitieux ? Comment se fait-il que les astrophysiciens et les archéologues sont aussi performants à imaginer le passé là où l’humain n’y peut plus rien ? Brave Thomas Piketty. Pôvre ONU !

    La valeur du capital public en % du revenu national pour les principaux pays d’Europe et les État-Unis de 1870 à 2010 varie un peu au dessus de 0 % aux États-Unis et de part et d’autre de ce 0 en Europe. Celle du capital privé semble varier davantage et autour de 400 %. J’imagine que la valeur du capital est par habitant.

    Pour la même période, la population mondiale passe d’environ 1,4 à près de 7 milliards, se multiplie par 5. Aux États-Unis, elle passe de 40 millions à 308 en 2010, se multiplie par environ 8. En Europe, elle croît d’environ 300 à 740 millions, se multiplie par 2,5, soit 2 et 3 fois moins.

    L’ONU prévoit comme scénario privilégié, sans décroissance ou excroissance, qu’au cours du prochain siècle, la population mondiale pourrait n’augmenter que de 1 à 2 milliards, soit ne se multiplier que par 0,15 à 0,30.

    Qu’arrivera-t-il au capital privé et au capital public au XXIe siècle dans les pays riches selon Thomas en raison du ralentissement de croissance démographique en supposant que nous auront les mêmes pays riches, ce que j’anticipe comme loin d’être sûr ?

    Mon hypothèse est que l’économie suit la démographie plus souvent que l’inverse. L’humain étant un animal dont le cycle régénérationel tourne autour de 30 ans, j’anticipe que l’Europe ne gagnera pas en capital privé et public contre la Chine, le Brésil et l’Inde. l’Afrique ?

    J'aime

  19. 2 janvier 2014 11 h 27 min

    «J’imagine que la valeur du capital est par habitant.»

    Non, c’est la valeur totale du capital en fonction du revenu national.

    «Qu’arrivera-t-il au capital privé et au capital public au XXIe siècle dans les pays riches selon Thomas en raison du ralentissement de croissance démographique»

    C’est l’objet de son livre. Cela ne se résume pas dans un commentaire. Il y a différentes hypothèses, mais, de fait, elle tiennent compte de la faible augmentation démographique et de la faible croissance économique prévue. J’en parle un peu dans le dernier billet que j’ai écrit sur ce livre et qui paraîtra le 20 janvier!

    Comme j’emprunte mes livres à la bibli et que je dois les remettre, j’ai écrit trois autres billets sur ce livre la semaine dernière…

    «j’anticipe que l’Europe ne gagnera pas en capital privé et public contre la Chine, le Brésil et l’Inde. l’Afrique ?»

    Piketty étudie la relation entre le capital et le revenu national, ainsi que sa répartition dans chacun des pays, pas sa concentration par pays par rapport aux autres. Il en parle, mais ce n’est pas central dans son analyse.

    J'aime

  20. 3 janvier 2014 8 h 13 min

    Merci, je vois mieux maintenant la variable du graphique 5,1; je saisis mieux la mention démographique du texte. Je retiens que l’immigration n’a pas été en début de siècle pour les États-Unis un moyen d’augmenter son capital privé.

    Le haut du graphique m’a fait penser que la chute du capital privé en Europe pouvait s’expliquer par l’étatisation des terres en Russie mais il n’y a pas de montée du capital public de 1910 à 1920 pour l’Europe dans la partie inférieure correspondante. La Russie est incluse au graphique comme pays riche ?

    Est-ce que l’équipement militaire est considéré comme actif public ?

    J'aime

  21. 3 janvier 2014 9 h 43 min

    «Je retiens que l’immigration n’a pas été en début de siècle pour les États-Unis un moyen d’augmenter son capital privé»

    Le capital pouvait augmenter, mais c’est le ratio nombre d’années sur Revenu national qui n’augmentait pas. En effet, les immigrants avaient peu de capital (mais en avaient quand même), mais faisaient augmenter le revenu national (le dénominateur dans l’équetion). Ainsi, l’envol des fortunes, observé aux États-Unis comme en Europe, n’entraînait pas une hausse du ratio richesse/revenu national.

    «La Russie est incluse au graphique comme pays riche ?»

    Non, Piketty explique que les données ne sont pas disponibles pour tous les pays, comme je l’ai d’ailleurs écrit dans le billet. De mémoire, il s’agit des mêmes pays européens que ceux du graphique suivant. Il précise dans le livre que la situation dans les autres pays d’Europe, en autant que l’imperfection des données puisse permettre de conclure, était très semblable à celle des pays utilisés.

    «Est-ce que l’équipement militaire est considéré comme actif public ?»

    Comme pour les autres biens, une partie peut sûrement être considérée comme une dépense et une autre comme un actif. Les chiffres n’ont pas d’état d’âme…

    Votre question est tout de même intéressante. Ces données, comme celles du PIB, ne dinstinguent pas la valeur d’une caserne militaire de celle d’un hôpital… Une piastre est une piastre!

    J'aime

  22. Benton permalink
    3 janvier 2014 10 h 17 min

    Krugman répète souvent que depuis des années, les États-Unis d’Amérique ont le pire ratio de mobilité sociale, c’est-à-dire en gros l’amélioration de la richesse des enfants par rapport aux parents, dans le monde occidental.

    Comme quoi que le rêve américain est un mythe depuis belle lurette…

    Catlin disait qu’il fallait être endormi pour vivre le rêve américain!!!

    J'aime

  23. 3 janvier 2014 10 h 53 min

    Piketty parle aussi de la mobilité sociale, mais n’élabore pas. C’est une partie du livre qui m’a laissé sur ma faim. Il explique que les données sont difficiles à obtenir et pas toujours complète (on a besoin du revenu sur l’ensemble de la vie pour faire le calcul correctement). Voir la partie du haut de la page 77 de http://piketty.pse.ens.fr/files/capital21c/Piketty2013AnnexeTechnique.pdf . Cela dit, il mentionne que les plus faibles mobilités se retrouvent aux États-Unis et en Grande-Bretagne…

    J'aime

Trackbacks

  1. Les inégalités des revenus de travail |
  2. Retraites : capitalisation ou répartition? |

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :