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La consommation de viande au Canada de 1960 à 2018

14 août 2019

Depuis que j’ai écrit mon premier billet sur la consommation de viande au Canada, ce sujet fait l’objet de plus en plus d’études et de rapports. D’ailleurs, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a publié la semaine dernière un rapport (de 1200 pages…) portant sur l’utilisation de la terre dans un contexte de changements climatiques, dans lequel il recommande notamment de cultiver davantage de protéines végétales et moins de protéines animales de façon à réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole. Jumelée à la diminution du gaspillage, cette recommandation permettrait aussi de nourrir la population en croissance tout en diminuant les problèmes d’insécurité alimentaire.

Je n’irai pas plus loin sur ce rapport (dont on peut lire un sommaire de 43 pages), car il a été abondamment couvert par les médias, Le Devoir titrant que La Terre a besoin d’un monde végétarien, Radio-Canada qu’il faudra cultiver la terre autrement, La Presse qu’il faut revoir l’usage des terres et le Journal de Montréal qu’il faut changer d’habitudes, sans devenir tous végétariens

J’avais en outre mis de côté une étude du Forum économique mondial (le fameux forum de Davos) faisant la promotion de protéines alternatives à celles provenant des animaux, étude qui concluait que, malgré ses avantages, la population tarde à les adopter et qu’il faudrait développer des stratégies plus agressives pour favoriser leur utilisation à une échelle plus importante. Et je n’ai pas parlé du rapport de 352 pages intitulé Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2019-2028 publié aussi la semaine dernière par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dont j’ai appris la parution grâce à cet article du Devoir, rapport qui s’inquiète aussi de la hausse des besoins en alimentation alors que la consommation de viande est en croissance au niveau mondial.

En plus, un autre article du Devoir sur le rapport du GIEC proposait d’analyser la situation de l’alimentation et la gestion des terres au Québec et au Canada. On y lisait entre autres que, «en 2018, les Canadiens ont consommé en moyenne 18 kg de bœuf et 16 kg de porc, les deux types de viande les plus consommés au pays. Ces chiffres indiquent toutefois un recul marqué au cours des dernières décennies. Ainsi, en 1980, la moyenne par habitant était de 28 kg de bœuf et de 24 kg de porc». Comme ces données proviennent probablement des mêmes sources que j’ai utilisées pour mon billet de 2016, je me suis dit que le contexte était idéal pour le mettre à jour.

Pour la suite de ce billet, je vais présenter l’évolution de la consommation de viande et de poisson au Canada à l’aide des données du tableau 32-10-0054-01 de Statistique Canada, tableau qui a justement été mis à jour avec les données de 2018 à la fin mai. Ce tableau est intéressant, car il présente les données en kilos par personne, ce qui évite de voir les données évoluer davantage en fonction des changements de prix ou de l’augmentation de la population qu’en fonction des habitudes de consommation de la population. Malheureusement, il ne fournit pas de données par province. J’ajouterai pour les gens que cela intéresserait que ce tableau contient aussi des données sur l’évolution de la consommation de bien d’autres aliments (385 en tout).

Consommation de viande

Compte tenu de la très grande différence du niveau de consommation des différents types de viande au Canada, je vais présenter un graphique avec les viandes les plus consommées et un autre avec celles qui le sont le moins, de façon à ce qu’on puisse y voir quelque chose. J’ai aussi choisi de montrer les données en kilos désossés pour les viandes et «comestibles» pour le poisson pour que les poids soient véritablement comparables (le tableau contient aussi des données en poids total d’abattage).

Poulet (ligne bleue) : la consommation de poulet, la viande qui engendre le moins d’émissions de gaz à effet de serre (autre source), a augmenté constamment au cours de cette période, quoiqu’à un rythme moins rapide depuis le tournant du siècle. Au total, sa consommation par personne a plus que triplé, passant de 6,5 kilos en 1960 (et même 6,1 en 1963) à 20,8 kilos en 2018, mais de seulement 12 % depuis 2002. Ces données contredisent une des affirmations de l’article du Devoir que j’ai cité, soit que le bœuf et le porc sont «les deux types de viande les plus consommés au pays», alors qu’en 2018, c’est le poulet qui arrive au premier rang.

Porc (ligne rouge) : la consommation de porc a augmenté de 41 % entre 1960 et 1980 (de 16,2 à 22,9 kilos), pour ensuite diminuer de 31 % entre 1980 et 2018 (à 15,8 kilos), baisse en fait réalisée principalement depuis 1999 (27 des 31 points de pourcentage de baisse). Au bout du compte, la consommation de porc par personne est rendue un peu moins élevée qu’en 1960 (baisse de 3 % entre 1960 et 2018). Ces données sont du même ordre de grandeur que celles mentionnées dans l’article du Devoir que j’ai cité (de 24 à 16 kilos entre 1980 et 2018).

Bœuf (ligne jaune) : le graphique nous montre bien que, pour la consommation de bœuf, il y a eu avant et après les Jeux olympiques de Montréal. En effet, la consommation de bœuf par personne a augmenté de 61 % entre 1960 et 1976 (de 21,8 kilos par personne à 35,2 kilos), puis a diminué de 54 % (de 35,2 à 16,2 kilos) entre 1976 et 2018, pour une baisse globale de 26 % entre 1960 et 2018. Cette progression confirme la tendance présentée de l’article du Devoir que j’ai cité (de 28 à 18 kilos entre 1980 et 2018).

Poisson (ligne verte) : on notera que ce tableau ne fournit des données sur le poisson que depuis 1988; j’ai ici en fait regroupé les données sur les poissons de mer (frais et transformés), les poissons d’eau douce et les fruits de mer; la consommation de ces produits a augmenté légèrement entre 1988 et 1999 (de 16 %, de 8,7 à 10,0 kilos), mais, à ma surprise, a diminué de 13 % par la suite (de 10,0 kilos à 8,8). Est-ce un signe de baisse de popularité ou de l’épuisement des ressources? La question se pose d’autant plus que la baisse depuis 1999 s’est manifestée uniquement du côté des poissons de mer frais (21 %) et des fruits de mer (33 %), alors que la consommation est demeurée stable du côté des poissons de mer transformés et a plus que doublé pour les poissons d’eau douce (mais est toujours au niveau le plus faible ses quatre types de poissons).

Dindon (ligne bleue) : la consommation de dindon a augmenté fortement en début de période, mais a peu varié par la suite, se situant toujours entre 3,0 et 3,5 kilos par personne à partir de 1975.

Veau (ligne rouge) : la consommation de veau est beaucoup plus faible que je le pensais (tant mieux!); en plus, elle a diminué de plus de 70 % entre 1960 et 2018, passant de 2,1 kilos à 0,6.

Mouton et agneau (ligne jaune) : si on en croit ce qui est écrit dans les journaux, la consommation de ces viandes serait «en plein essor»; on peut lire dans cet article que «la consommation d’agneau des Canadiens a augmenté de 13 %» entre 2012 et 2017, ce qui est vrai (j’arrive à 14 %), mais, si on regarde la tendance illustrée par le graphique, on peut voir qu’elle a diminué de 20 % par rapport à 1960 et de 53 % depuis son sommet de 1969, passant de 1,5 à 0,7 kilo par personne. Cela dit, il est vrai que cette consommation est relativement stable depuis 1976, mais à un très faible niveau (entre 0,45 kilo en 1981 et 0,80 en 2006 et en 2007). Par ailleurs, il est bon de savoir que plus de la moitié de la consommation de cette viande provient d’importations (56 % en 2018 et une moyenne de 54 % de 2000 à 2018), selon le tableau 32-10-0053-01 de Statistique Canada.

Abats (ligne verte) : malgré des variations annuelles importantes, il est clair que la consommation d’abats a suivi une tendance baissière importante au cours de notre période; sa consommation a diminué de 75 % entre 1960 et 2017 (de 2,2 kilos à 0,5), avant de soudainement doubler en 2018 (1,1 kilo).

Poule à bouillir (ligne rouge vin) : la consommation de poules à bouillir a diminué de plus de moitié entre 1960 et 1986, passant de 1,4 à 0,7 kilo par personne, pour ensuite augmenter graduellement pour surpasser son niveau de consommation de 1960 en 2018 d’environ 20 % (1,7 kilo).

Ce dernier graphique compile la consommation de viande provenant de ruminants et de non ruminants, mis à part les poissons et fruits de mer, car les données sur leur consommation ne commencent qu’en 1988, et les abats, car on ne sait pas la proportion de ces abats qui viennent de ruminants et de non ruminants. Le graphique est très clair : depuis 1976, la consommation de ruminants par personne a diminué de plus de moitié (de 53 %, passant de 37,4 à 17,5 kilos par personne), alors que celle de non ruminants a augmenté de près de 35 % (de 31,2 à 41,7 kilos). Au total, la consommation de viande (sauf les poissons) par personne a diminué de plus de 14 % depuis 1976 (de 70,2 à 60,4 kilos).

Le tableau utilisé dans ce billet contient aussi des données sur les pertes «qui peuvent survenir dans les points de vente au détail, les foyers, lors de la cuisson et dans l’assiette». Par contre, Statistique Canada prévient que ces données sont fournies «à titre expérimental» et doivent être utilisées avec prudence. Cela dit, ces pertes en 2018 (de façon très stable depuis 2006) étaient estimées à 18 % pour le poulet, à près de 25 % pour le bœuf, à un peu plus de 30 % pour le porc et à près de 40 % pour les poissons.

Et alors…

Le bilan de cet exercice est mitigé. D’un côté, on ne peut que se réjouir de la baisse de consommation de viande par personne depuis son sommet de 1976 et surtout de celle de plus de la moitié qui provient de ruminants. De l’autre côté, cette consommation demeure énorme, soit de plus de 69 kilos par personne (en incluant cette fois les poissons et les fruits de mer, mais pas les viandes non mentionnées dans ce tableau, comme le cheval, le bison, le canard, le chevreuil, l’ours, etc.), dont 17,5 kilos de viande provenant de ruminants (ce qui représente l’équivalent de 154 hamburgers d’un quart de livre par personne par année…). La direction est bonne, mais sa progression est lente, très lente, d’autant plus que cette consommation a augmenté de 5 % depuis 2014 et qu’elle fut en 2018 la plus élevée depuis 2009…

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